L’année dernière, nous nous étions livrés ensemble à la cuisine moléculaire. Je retrouve avec plaisir les femmes du centre social de Montereau-Fault-Yonne pour la réunion de clôture de leur parcours de réflexion sur l’argent.
« Les minimas sociaux : une question de chiffre ? »
Cette question a conduit ces femmes, de 20 à 65 ans, à rencontrer un économiste, s’entretenir avec le directeur adjoint de la Caisse d’allocation familiale de Seine et Marne, visiter l’Assemblée Nationale et discuter avec Yves Jégo, leur député-maire, débattre avec Cédric Rio, un philosophe membre de l’observatoire des inégalités… Un parcours riche que résument à grands traits Marie-Christine, de Terre avenir et Sandrine, référent famille du centre social.
le groupe devant l’Assemblée Nationale
Pendant leur intervention, quelques retardataires rejoignent le groupe. C’est jour de marché à Montereau et les femmes se sont communiquées l’adresse d’un marchand de fruit qui écoule ses stocks à 1 € le kilo. Parler d’argent c’est aussi joindre la théorie et la pratique !
Le débat s’installe tranquillement, notamment lorsque Sandrine rappelle que le RSA est désormais lié à une obligation de 7 heures de travail hebdomadaire. Pour Francine, très remontée, c’est de l’exploitation pure et simple. Pour Messaouda au contraire, les mimima sociaux peuvent constituer un piège pour les plus jeunes et il est important de donner un rythme et des horaires.
Retraitées, étudiantes, salariées, sans emploi, les profils des participantes sont très divers, ainsi que leurs origines et leur parcours. On sent cependant une grande complicité entre elles, malgré des différences d’opinion parfois très fortes. Toutes ont cependant bénéficié, à un moment ou un autre de leur vie, du versement d’allocations.
« En 2003 j’ai divorcé, en 2007 j’ai perdu mon travail, sans les minima sociaux je ne sais pas comment j’aurai nourri mes trois enfants » témoigne Fatima. Messaouda de son côté indique que sans ces aides ses quatre enfants n’auraient pas pu faire d’études. Malika rappelle que les jours de versement des allocations de la CAF, il y a la queue à la poste : « les gens attendent ça pour vivre » et indique que lorsque son mari s’est retrouvé au chômage, les prestations sociales les ont bien aidés.
Indispensables ces prestations ne sont pas pour autant une panacée. Au lieu de favoriser l’insertion elles peuvent conduire à la dépendance et la marginalisation. Constituer d’avantage un frein qu’un moteur. On évoque les abus, les fraudes (on a appris d’Alain Chelloul, directeur adjoint de la CAF, que celles-ci étaient en grande majorité du fait des entreprises et non des particuliers). Finalement toutes s’entendent pour dire que ces minimas ne sont pas une simple question d’argent, de chiffre. Qu’ils offrent une sécurité relative (« une bouée pour ne pas se noyer » résume Malika), mais pas suffisante (« Avec un RSA, 460 € par mois, je ne sais pas comment on fait pour manger » déplore Francine tandis qu’Habida témoigne « Quelle vie on a quand on vit avec ça ? On est montré du doigt ! »).
Marie-Christine aide les participantes à synthétiser leur pensée, pour produire un item QSEC : une affirmation qui témoignera du parcours de réflexion du groupe et permettra le débat lors de la restitution finale du 19 juin au Conseil Régional d’Ile de France. Une première formulation hésitante « Les minima sociaux offrent une sécurité économique mais ne permettent pas de profiter de la vie » aboutit à «les minima sociaux doivent permettre de garantir une sécurité économique minimum et de maintenir un lien social ». L’idée fait consensus, la formulation pas tout à fait, il faudra peaufiner.
En se séparant, le groupe songe déjà au parcours QSEC de l’année prochaine. Et les femmes de Montereau ont bien l’intention d’en débattre ensemble !





















