Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
15
fév
Anthropologie de nos assiettes à Gif-sur-Yvette

Quand on pose une question à un anthropologue et que l’on écoute sa réponse, un problème se pose invariablement, une fois que l’anthropologue a terminé de répondre ce n’est plus une question que l’on a en tête mais bien des dizaines et des dizaines !

Le groupe Scientipôle d’Orsay rencontrait en début de semaine dernière Patrick Pasquet, directeur de recherche en éco-anthropologie et ethnobiologie au CNRS. Ce soir-là, il est venu proposer des pistes de réflexion montrant comment ce que nous sommes doit notamment à nos différents environnements passés et particulièrement à nos environnements alimentaires. Et c’est comme ça que nous sommes d’abord partis avec lui à la recherche de notre alimentation aux temps les plus lointains de l’humanité naissante.

Pour cela l’anthropologue a d’abord répondu à la question qui vient naturellement face à une telle ambition, comment connaitre ce qui composait cette « assiette » dévorée lors de cette « nuit des temps » ? Une réponse qui se révèle multiple, où seul le croisement des matières et des informations va tisser les savoirs et permettre d’avoir une idée de ce menu préhistorique. C’est ainsi qu’entre autre l’archéologie préhistorique, l’étude des comportements de subsistance de populations témoins, des populations de chasseurs cueilleurs modernes, la comparaison avec les primates non humains actuels et avec les grands carnivores, la génétique des populations humaines… vont permettre d’aller à la rencontre des nourritures préhistoriques.

Chacun de ces points de vue permet ce voyage dans le temps comme il va construire notre connaissance actuelle, parce que finalement l’intérêt de cette rencontre reste de comprendre aujourd’hui grâce à avant hier.

L’étude génétique va ainsi permettre, pour ne prendre qu’un exemple, d’aller au plus lointain, à la recherche de l’apparition des gènes des mangeurs de viande ou de l’intolérance au lait, de relier ces apparitions à des comportements, le passage de l’homme chassé à l’homme chasseur, le développement de l’élevage et le nouvel apport des produits laitiers et finalement de revenir au plus proche pour s’interroger sur les problématiques contemporaines. Et l’on voit se composer des réponses permettant de comprendre, par exemple, aujourd’hui l’intolérance au lait considérablement différente entre les hommes du grand nord norvégien et ceux de l’Asie du sud ouest.

Patrick Pasquet nous a donc ainsi conduit de ces histoires lointaines jusqu’au plus proche de nous, jusqu’à nous interroger sur nos comportements actuels et nous permettre donc de réfléchir également sur ce que nous sommes ici et aujourd’hui.

« La vie de bureau » de notre période actuelle nous permet alors de remarquer le découplage qui existe aujourd’hui, contrairement à ce qui était vu dans le passé, entre les apports et les dépenses énergétiques, et remarquer que si l’on mange moins on dépense encore moins…

Quand on pose une question à un anthropologue et que l’on écoute sa réponse, ce n’est plus une question que l’on a en tête mais bien des dizaines et des dizaines et autant de pistes de réflexion que le groupe va devoir maintenant explorer pour nourrir ses prochaines rencontres.

Et peut-être pourront-ils finalement répondre à une des questions laissées ce soir-là en suspension par l’anthropologue : « A un moment de l’histoire humaine a-t-il fallu être intelligent pour bien manger ou
bien manger pour être intelligent ? »

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