Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
18
fév
Des glucides, des lipides, et des nanotechnologies

Toujours à la poursuite de l’alimentation technologique, le groupe de l‘Université du temps libre rencontrait la semaine dernière Gilles Rivière ; spécialiste des risques physico-chimiques à l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) qui fait désormais partie de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire), il s’y occupe donc des risques alimentaires. Ce jour-là, son défi était de répondre aux nombreuses interrogations du petit groupe, peu enclin à s’en laisser compter et plutôt inquiets dès que l’on parle de nanotechnologies dans nos assiettes.

Première étape : comprendre le travail de l’ANSES. On y fait des recherches sur la nutrition, l’eau, les risques physico-chimiques, les risques biologiques, la santé et alimentation animale, l’environnement et le travail, et on réalise des modèles de statistiques pour poursuivre les recherches et les inventorier.
L’Agence ne travaille pas seule : elle est sous la tutelle de gestionnaires au niveau européen, qui ont eu un rôle politique ; ils peuvent ainsi, dès qu’ils sont alertés sur un sujet pouvant présenter des risques pour la sécurité sanitaires, demander immédiatement une étude à l’ANSES qui livrera ses conclusions. A eux ensuite, d’aviser en fonction de l’avis de l’Agence.
Côté nanotechnologies. L’ANSES a lancé ses premières études sur le sujet en 2006.

Après cette présentation théorique, le petit groupe n’a pas l’intention de se laisser compter et entre directement dans le vif sujet. Les nanotechnologies, est-ce de la science-fiction ou en engloutit-on déjà dans tous les produits alimentaires industriels ? Quelles sont les principales applications des nanomatériaux ? Est-ce que c’est dangereux, sur le long terme ?

Les scientifiques ne sont pas encore tous d’accord sur la définition de la nanoparticule ; chacun se rend rapidement compte que l’on est ici au stade expérimental, et que si le sujet fait polémique, il n’y a pas grand chose de concret à se mettre sous la dent.
On parle de différentes applications : dans le traitement de l’eau potable, surtout, mais aussi en tant qu’additifs ou compléments alimentaires, ou encore comme des matériaux en contact avec l’eau et les denrées alimentaires (emballages, notamment). Mais M. Rivière nous l’assure : A ce jour, aucun industriel n’a soumis un produit contenant des nanoparticules à leur expertise. Or, cette étape étant obligatoire avant d’envisager la commercialisation d’un nouveau produit, il semblerait qu’aucune nanotechnologie se cache dans le hachis parmentier de la cantine.

Mais alors, pourquoi certains industriels vantent-ils déjà les effets bénéfiques des nanotechnologies sur certains de leurs produits ? – Simples allégations, ils n’en contiennent sûrement pas, répond M. Rivière. Allégations, composition réelle, expérimentations en cours… Pas de quoi rassurer les participants, qui froncent un peu les sourcils. Le débat s’anime autour de la question du vide juridique éventuel.
Est-ce qu’on s’expose à un scandale des nanos d’ici quelques années ? – Non, répond Gilles Rivière : on en parle beaucoup, mais les risques sont faibles dans l’alimentation.

Pourtant, on peut imaginer beaucoup d’utilités à ces nanoparticules dans le domaine de l’alimentation, même si elles ne se retrouveront pas directement dans nos assiettes. Revêtements antibactériens, conservation, surveillance des aliments… Mais les participants s’inquiètent surtout des effets à long terme de la possible ingestion de ces nanoparticules, puisqu’elles seraient difficiles à éliminer… Or, pour le savoir mener des études à très long terme. Difficile d’avoir du recul à l’heure actuelle.

Gilles Rivière tente de les rassurer : L’ANSES suit le sujet de près, des évaluations sont réalisées au cas par cas, de nouvelles règlementations sont à l’étude et il n’y a pas de produit nouveau qui puisse intégrer le marché public sans que l’agence en soit informée, notamment depuis le Grenelle II de l’environnement en juillet 2010.
Pourtant, à la fin de l’intervention, le groupe semble rester sur sa faim. Toutes ces questions laissées en suspens n’auront pas tellement rassuré les personnes présentes ce jour-là. Et s’il n’y a peut-être pas de risques actuels, les bénéfices des nanotechnologies dans l’alimentation, eux, sont loin d’être prouvés.

Une problématique passionnante à suivre ; et chacun des membres du groupe restera vigilant sur le sujet.

Pour aller plus loin :

› Le site de l’ANSES

› Le rapport « Nanotechnologies et nanoparticules dans l’alimentation humaine et animale » de l’AFSSA, mars 2009

› Nanofoods sur Bien manger vivre mieux

› Grenelle : Expertise et déontologie sur Actu-environnement

1 commentaire

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Geneviève Nadeau, QSEC. QSEC a dit: Blog | Des glucides, des lipides et des #nanotechnologies dans nos assiettes : http://bit.ly/fCdQ88 [...]

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