Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
21
fév
La semaine parisienne : un démarrage abrupt

Manelle, Sarah, Myriams, Buu Dinh, Tiffany, Sabrina, Pauline et Rongyu fréquentent des établissements différents. Certaines sont en terminale, d’autres en première ou en seconde, l’une d’elles en première année de fac. Mais toutes ont volontairement choisi de passer leurs vacances de février dans des salles de cours ou des laboratoires de recherche, et de consacrer la semaine du 21 au 25 à « l’alimentation, de la graine au pain, de la terre au corps ».
Un programme ambitieux auquel correspond une semaine chargée.

Ce matin, dans les locaux de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure de Paris, Julien Lang et Sandrine Jamet, de l’association Paris-Montagne exposent aux huit jeunes femmes le menu de cette semaine thématique de la Science Académie. Conférences, débats, visites de laboratoires, salon de l’agriculture : il y en a pour tous les jours et pour tous les appétits. Pour commencer les festivités, un exposé. Ce lundi matin, Bernard Bachelier, directeur de la FARM, une fondation qui s’est donné pour mission de « promouvoir dans le monde des agricultures et des filières agroalimentaires performantes et respectueuses des producteurs » compte leur faire découvrir « la politique agricole et les enjeux de l’agriculture ».

L’exposé de M. Bachelier, soutenu par une présentation power point, est dense. Il commence par présenter la politique agricole commune, cette fameuse PAC en pleine mutation. Décidée en 1957, cette politique européenne intégrée visait à assurer l’indépendance alimentaire de la communauté, tout en assurant des prix modérés aux consommateurs et un niveau de vie équitable aux producteurs. Pour ce spécialiste –ingénieur agronome Bernard Bachelier a également dirigé le Centre de coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement – la PAC a bien rempli sa mission. Il note au passage que jusqu’en 2009, les agriculteurs français recevaient davantage de l’Europe que la part payée par la France. Une tendance qui s’est inversée depuis que nous sommes passés à 27 Etats membres…

Il expose ensuite les grands enjeux. Le propos est lapidaire : « aujourd’hui sur près de 7 milliards d’individus, un milliard souffre encore de la faim. Demain, en 2050, il y aura 9 milliards de bouches à nourrir. Comment y parvenir ? ». Pour lui, estimations de la FAO à l’appui, l’agriculture du futur a son berceau en Afrique : c’est là que réside le plus grand gisement de productivité. Non pas pour nourrir la planète, mais au moins pour subvenir localement aux besoins locaux. L’’agriculture de demain s’appuiera sur quatre piliers : d’abord l’agro-écologie, à savoir une pratique raisonnée qui concilie respect de l’environnement et impératifs de production ; ensuite les biotechnologies, et ici notre expert déplore les procès faits aux OGM qui aboutissent à freiner, en France, les recherches en biologie moléculaire ; troisièmement un recours croissant aux technologies de l’information, notamment au moyen d’outils d’aide à la décision pour les agriculteurs ; et enfin , dernier pilier, une véritable expertise scientifique, objective.

Bernard Bachelier multiplie les exemples, maïs transgéniques américains au service de la recherche au Kenya, Coton BT qui permet aux cultivateurs burkinabés d’éviter de s’exposer sans protection aux pesticides, riz « doré » enrichi à la vitime A…
« Les OGM ne sont pas à rejeter en bloc, Monsanto n’est pas le diable, les choses ne sont ni toutes noires ni toutes blanches » assène-t-il. Il conclut en relevant le paradoxe qui consiste à vouloir à la fois des prix bas, une agriculture respectueuse de l’environnement et qui puisse nourrir le plus grand nombre. « On y arrivera, note-t-il, mais en dix ou quinze ans. On ne va pas passer tous au bio du jour au lendemain. C’est progressivement que les constructeurs automobiles réduisent le taux d’émissions de leurs moteurs. C’est progressivement que nos politiques agricoles vont se « verdir » et devenir plus équitables, pour les consommateurs du Nord comme du Sud ».

Pendant l’exposé, les sciences-académiciennes noircissent les pages de leurs cahiers de notes, sans manifester étonnement ou désaccord. Et restent sans voix à l’heure de poser des questions. Julien, qui a mitonné leur programme hebdomadaire, se charge de relancer le débat, ses questions reviennent sur l’opposition apparente entre agriculture et environnement, ou encore sur les risques d’une recherche aux mains des seuls industriels… Bernard Bachelier précise sa préférence pour une recherche publique et évoque la révolution verte menée en Inde grâce à des politiques publiques.
Les lycéennes ne retrouvent la parole que pour remercier le conférencier. Sans doute gardent-elles des forces pour la suite du programme : cet après-midi même visite d’un labo de biologie moléculaire à l’INRA.
Nous les retrouverons demain, toujours à l’ENS, avec un spécialiste de la culture du blé. Seront-elles plus loquaces ?

3 commentaires

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par qsec94, QSEC. QSEC a dit: Blog | Une semaine autour de l'alimentation pour quelques lycéennes, démarrage hier : http://bit.ly/ecjAOU [...]

  2. [...] à Normale Sup. pour nos sciences académiciennes. Après la conférence introductive d’hier, le groupe a visité l’Institut Jean-Pierre Bourgin de l’INRA, à Versailles. Pauline et [...]

  3. [...] devant le Conservatoire national des Arts et Métiers que je retrouve les sciences académiciennes qui arrivent au terme de leur semaine marathon sur [...]

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