Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
28
fév
Semaine parisienne : tout sur le blé !

Retour à Normale Sup. pour nos sciences académiciennes. Après la conférence introductive d’hier, le groupe a visité l’Institut Jean-Pierre Bourgin de l’INRA, à Versailles. Pauline et Rongyu, élèves de 1ère S dans un lycée d’Ivry résument à grand traits : « Nous sommes allées dans des salles de cours, des serres, des laboratoires. On nous a expliqué la germination du riz, sa composition, de quoi il avait besoin pour grandir ». Aujourd’hui, c’est encore un ingénieur de l’INRA, Arnaud Gouffreteau, qui va leur livrer tous les secrets du blé. Intitulée « Conceptions agronomiques pour la culture du blé » sa conférence est riche en révélations surprenantes !

On commence par découvrir que l’aïeul ancestral du blé était diploïde, ce qui signifie simplement qu’il avait, comme nous, deux fois 23 chromosomes ! Puis il s’est diversifié en deux espèces, le blé dur apparu il y a 500 000 ans et le blé tendre, qui n’a que 10 000 ans. La belle affaire ? Quand on apprend que le blé dur est utilisé dans les pâtes italiennes, et le blé tendre dans les nouilles chinoises et le pain, on mesure mieux l’importance de cette distinction. L’exposé se poursuit par le cycle cultural du blé… L’ingénieur énumère les différents stress environnementaux pouvant affecter notre blé : trop ou pas assez d’eau, de chaleur, de froid, de lumière, d’azote, des maladies, des mauvaises herbes, des insectes ou encore des ravageurs tels le sanglier dévastateur… L’auditoire reste impassible.

Arnaud Gouffreteau détaille alors les moyens de lutte possible. Les chiffres fusent : un semis moyen compte entre 200 et 250 grains au m², environ 120 nouvelles variétés sont déposées à l’inscription chaque année, seules 20 sont retenues… Il évoque la résistance au changement des coopératives agricoles qui gagnent beaucoup d’argent en commercialisant les produits phytosanitaires. Il démontre comment la sélection a boosté la productivité et fait gagner chaque année en moyenne 126 kilos de grains à l’hectare entre 1955 et 2005. Il précise qu’aujourd’hui la France exporte près de la moitié de sa production de blé. La salle reste de marbre.

Arnaud ne se démonte pas. « Vous avez entendu parler du Grenelle de l’Environnement ? ». Les sciences académiciennes avouent leur ignorance. D’une phrase Arnaud le résume : « 6 groupes de travail, 4 tables rondes rassemblant un millier de personnes d’horizon différents… tout ça débouchant sur 268 engagements précis, inscrits dans une loi votée en 2009. Par exemple réduire de 50% le nombre de pesticide en 10 ans ». Il se livre ensuite à des considérations macro-économiques, sur le cours mondial du blé, l’augmentation du prix du pétrole. Enfin il expose des travaux pointus comparant in situ différents mode de culture, avec plus au moins d’apports en azote, de recours aux herbicides et pesticides… Et soudain, miracle, un bras se lève, une question retentit.
« Qu’est-ce qui différencie l’itinéraire de culture sans pesticides d’une culture bio ? » interroge Myriams. L’agronome, enchanté, développe sa réponse, indique qu’il faut deux ans de conversion au biologique, qu’en outre il eut fallut éviter les apports d’azote, qu’enfin au moment du test, il n’y avait sans doute pas les bonnes variétés de blé bio ou de champs bio disponibles… Mais la brèche est ouverte, et Myriams, encore elle, lance une autre question : « les variétés différentes donnent-elles un goût différent ? ». L’ingénieur avoue son incertitude. « Je pense que oui. Mais ça ne fait pas partie des critères sur lesquels on teste les variétés. Par contre des boulangers préfèrent telle ou telle variété de blé pour cette raison… ». Et quand s’affiche un tableau comparatif des propriétés de deux variétés de blé, c’est Sabrina qui brise le silence « Pourquoi tout le monde ne choisit pas la variété la plus resistante aux maladies ? ». Arnaud répond alors qu’il existe d’autres critères comme le rendement ou la qualité boulangère.

Non, nos sciences académiciennes ne dorment pas pendant les conférences. Elles prennent des notes et réfléchissent en silence. Ce matin, leurs questions, pointues et pertinentes, ont largement démontré l’intérêt qu’elles portent au sujet mais aussi leur compréhension des mécanismes et des enjeux, souvent complexes.

Nos lycéennes ont encore de nombreux rendez-vous pour parfaire leurs connaissances : visite d’un laboratoire de chimie pour découvrir la biocontamination dans les filières agricoles, initiation à la cuisine moléculaire, visite du site de Massy d’AgroParisTech et enfin une journée entière au Salon de l’Agriculture.
Nous les retrouverons vendredi 25 février, au terme de leur semaine marathon, pour conclure, au CNAM, avec un exposé sur les processus de panification… Elles auront bien gagné leur pain !

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