Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
08
avr
OGM et heures de colle

Les « Drôles de dames » que je retrouve aujourd’hui ont pour mission d’informer les élèves de 1ère pro du lycée François Arago de Villeneuve Saint-Georges sur les OGM. Anne-Charlotte Moÿ est juriste pour le réseau Semences paysannes, Pauline Verrière travaille pour Inf’OGM et Juana Rejany représente efficacement l’association ASTS. Charlie, celui qui donne les ordres et qu’on ne voit jamais, c’est le programme QSEC bien sûr !

La mission des jeunes femmes s’avère périlleuse. Dès le début de la séance, une surveillante profite du rassemblement de la classe pour distribuer des heures de colle. Voila qui met tout le monde d’excellente humeur ! La vingtaine d’élèves a l’injure facile et un sens de la discipline tout relatif. Les « va-z-y enc… ! » répondent aux « ta gueule bâtard » sans qu’on sache pour autant s’il s’agit d’insultes ou de marques d’affection. Anne-Charlotte peine à imposer sa petite voix, sa silhouette fluette. Pourtant, à peine a-t-elle indiqué qu’elle travaillait comme juriste pour une association que les questions fusent : « Comment vous avez fait pour entrer dans cette association ? » lance Mohammed du fond de la classe, « comment on devient bénévole ? » renchérit Sarah.

Malgré leur attitude équivoque, les lycéens sont réellement intéressés par ce que leur explique la jeune femme. Quand celle-ci leur demande ce qu’est la biodiversité, les réponses ne se font pas attendre : « c’est la nature » répond simplement Adama, à côté lui Jethro précise : « c’est en rapport avec la vie ». Les choses se gâtent un peu quand pour illustrer son propos Anne-Charlotte parle de dégénérescence quand on se reproduit au sein d’une même famille. « Là c’est n’importe quoi ! » décrète Saba, tandis qu’un autre élève tient à savoir si on peut se marier entre cousins…

Les conférencières profitent de l’occasion pour aborder la génétique, et Saïd, entre deux remarques salaces à ses voisins, définit assez précisément gènes et ADN. Lorsque Anne-Charlotte évoque la disparition de la biodiversité au travers de chiffres marquants (en Inde on est passé, depuis la révolution verte, de 200 000 variétés de riz à 50 ; en un siècle on a perdu en France 98% de la biodiversité cultivée), Hourya s’étonne : « comment en est-on arrivé là, comment ces variétés ont-elles disparu ?». C’est un élève, Boubakar, qui lui répond « c’est parce qu’on n’a plus le droit de les vendre ». Anne-Charlotte acquiesce, confirme l’existence d’un catalogue et de l’interdiction de commercialiser les variétés qui n’y sont pas inscrites. Elle fait circuler des documents sur la biodiversité. Hourya, Jethro, Sarah débattent avec la jeune juriste, parlent économie, désobéissance civile, politique agricole commune. Mais le tapage de quelques uns fait tourner court l’échange. Zohra Lamloum, la professeur, envoie tout le monde prendre une petite récréation…

Près d’un quart d’heure plus tard, les élèves reviennent en cours, nonchalants. « Merci pour le retard » ironise Madame Lamloum… Par défi, Saïd s’assoit face à la salle, aux côtés des conférencières. Pauline saute sur l’occasion. « C’est quoi un OGM ? » lui demande-t-elle aussitôt. Il peine à aller plus loin que « un organisme génétiquement modifié » et retourne auprès de ses camarades. Jethro souhaite prendre sa place. A ma grande surprise, il parle alors transgénèse, modification du vivant en vue d’accroître sa performance, appauvrissement des sols… En trois phrases, il a résumé les enjeux et réveillé l’intérêt du groupe qui cesse de parler de ses baskets « avec protège-tibias intégrés » pour s’intéresser à ses propos. « Mais les OGM c’est bien ou pas ? » demande-t-on alors. Pauline évite la question : « Faites-vous une idée par vous-même, mon travail est de vous informer, de vous donner les clés pour débattre, pas de prendre position ».

Le débat et l’exposé se poursuivent. Quand Pauline décrit l’agriculture imposée aux pays du Sud par ceux du Nord, Hourya répond que ce n’est pas nouveau et cite Voltaire et son nègre du Surinam qui dans Candide explique « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». Arwa exprime son inquiétude « Est-ce qu’on mange du poison ? ». Devant la méfiance générale vis-à-vis des OGM, Omar prend le contrepied : « moi je suis pour !». Et quand on lui demande pourquoi, il a beau jeu de répondre « parce que tous sont contre ! ». Mohammed surenchérit « ça peut être marrant de mélanger les choses ! ». Et le tapage reprend. Devant la mine dépitée de Pauline, un des chahuteurs lance « vous en avez marre madame ? ». Elle réplique qu’en effet, si ça ne les intéresse pas, elle peut aussi bien repartir. Et regagne alors l’attention. La fin de la séance est passionnante : un véritable échange a lieu entre les élèves sur les enjeux et intérêts des OGM mais aussi sur la gouvernance, la citoyenneté, la santé… Hélas la sonnerie retentit : en deux secondes à peine la salle s’est vidée. Ne restent que quelques copies : malgré leurs airs tapageurs, les élèves ont pris la peine de mettre par écrit ce qu’ils ont retiré des séances précédentes.

Les drôles de dames de QSEC peuvent rentrer chez elles : Mission accomplie !

1 commentaire

  1. juana dit :

    Excellente description de la séance et de la vitalité de la classe ! Merci Guillaume

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