Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
19
avr
Alimentation d’hier et d’aujourd’hui sauce hollandaise

Quoi de mieux qu’une visite guidée au musée du Louvre pour comprendre l’alimentation d’hier ? Si l’idée peut paraître étrange, le département des peintures recèle de nombreux et précieux témoignages sur l’alimentation des contemporains du 16ème et 17ème siècle. Et c’est Aurélie Erlich, notre guide, qui va entrainer le petit groupe de la Butte aux Pinsons parmi les nombreuses oeuvres des peintres hollandais et flamands au sein du musée.
Des natures mortes après la cuisine moléculaire ? Un heureux mélange !

La visite guidée commence par une halte bienvenue. Le petit groupe est très motivé, mais les peintures s’apprécient bien mieux quand on est confortablement assis.

↑ Histoire de se mettre en appétit, on commence par découvrir « Le roi boit », un tableau de Jakob Jordaens, de l’école flamande représentant une célébration de la fête des rois. On en profite pour parler des premiers desserts fourrés à l’amande, des fruits qui terminent le repas..

↑ Après le sucré, le salé – encore vivant. Cette peinture de Pieter Boel, sobrement appelée « Animaux et ustensiles », donne l’occasion à Aurélie d’expliquer un des principes fondamentaux de l’alimentation de l’époque : tout ce qui vole, tout ce qui se rapproche du ciel, est réservé aux seigneurs et aux rois… Une façon d’être plus proche de Dieu, par l’intermédiaire de l’estomac. Les petites gens eux se contentent de gratter la terre et d’apprécier les propriétés gustatives des légumes racines. Et pas question de braconner…

↑ Deuxième arrêt, station « lièvres et dindons ». Les tableaux de S. van Ruysdael et de J. Weenix sont l’occasion de rappeler les premières incursions du continent américain dans nos assiettes : le laid mais goûteux dindon, la tomate, considéré par les médecins de l’époque comme du poison à cause de sa forte odeur…

↑ Après le gibier, Aurélie propose une autre lecture des natures mortes : celles qui représentes des fruits et des légumes. Comme dans ce tableau d’Abraham Mignon, riche en enseignement concernant la symbolique picturale de l’époque. La guide explique au groupe les nombreuses interprétations de ces symboles : le raisin évoque l’eucharistie, le coing est un gage de bonheur pour les jeunes mariés, le papillon représente l’âme…

Au-delà de l’iconographie, Aurélie en profite pour demander au groupe ce que représentent ces fruits et légumes à l’époque. Le citron et les agrumes vont soigner le scorbut ; la châtaigne rappelle à certaines la farine que l’on faisait à partir de ce fruit, et qui a permis aux paysans de survivre durant les nombreuses famines. Les pensionnaires de la Butte aux pinsons se souviennent de la fameuse orange, qu’elles recevaient à Noël ; Mme Pédrol, qui a vécu toute son enfance en Espagne, raconte alors que les oranges n’étaient pas pour elle un cadeau extraordinaire, puisqu’il y en avait dans tous les jardins…

↑ Entre deux explications, Mme Fouilleul et Mme Seguy en profitent faire l’école buissonnière flamande.

↑ Le très frugal « Déjeuner de harengs » de Gabriel Metsu rappelle qu’on mangeait simplement, lorsqu’on ne pouvait ni chasser ni consommer des produits frais tous les jours. « Aujourd’hui, nous mangeons beaucoup trop« , constate néanmoins le groupe.

↑ Après plus d’une heure de visite, les jambes fatiguent, mais M. Hablan et Mme Seguy ont encore plein de colles à poser à Aurélie. « La cuisinières hollandaise » de Gérard Dou les met en appétit d’en découvrir plus encore… On se souvient des légumes typiques des privations, rutabagas et topinambours en tête.

↑ Pendant ce temps-là, Mme Degasquet s’abîme dans la contemplation de sombres portraits, et manque de nous perdre en chemin. Elle me glisse en passant qu’elle apprécie cette visite, et que le musée a, trouve-t-elle, amélioré l’accessibilité aux explications : les textes sont clairs, lisibles, des panneaux aux cartouches.

↑ Autre salle, autres symboles : Aurélie aborde ici le thème des vanités avec les « Fruits et riche vaisselle » de Jan Davidsz de Heem. L’instrument de musique symbolise ce qui réjouit nos oreilles et peut cesser brusquement, et parmi les beaux fruits s’en cachent d’autres, gâtés. Les vanités représentent le péché de gourmandise ainsi que la fragilité de la vie qui peut s’arrêter à tout moment. « Surtout à l’époque ! » souligne Mme Seguy.
Aurélie rappelle les fondamentaux de l’alimentation de l’époque : elle dépend non seulement de la condition sociale, mais aussi de la saison – un principe quelque peu oublié aujourd’hui – et de la religion, au rythme des évènements de la vie liturgique (carême, etc.).

↑ Dernière salle, la fatigue se fait définitivement sentir. L’accompagnatrice, qui veille sur le petit groupe, et la guide décident après 1h30 de visite de clôre le chapitre sur « l’alimentation d’hier » au musée du Louvre.
La visite aura probablement fatigué les jambes, mais c’est en chantant que Mme Pédrol repart – en espagnol, évidemment.
Une visite enrichissante sur bien des plans !

› Plus de photos sur le Flickr de Qsec

›  Le site du département des peintures du musée du Louvre

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