Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
10
mai
Toujours plus près des étoiles

C’est à Triel-sur-Seine que le groupe d’Andrésy décide de se réunir pour une nouvelle rencontre. Loin de Paris et de ces monuments, immeubles et autres preuves d’une urbanisation de masse, le Parc aux Etoiles, notre lieu de rendez-vous est un authentique coin de sérénité. En attendant l’arrivée de tous les participants, j’ai eu le plaisir d’une visite de l’Observatoire du Parc, lieu où se réunissent tous les vendredis soirs des passionnées de la haute Voie lactée.

Nous prenons tous place dans la grande salle de conférence aux couleurs d’un ciel d’été, enfin prêts pour la rencontre avec Olivier Allais, économiste à l’INRA. Tout le monde est attentif, et l’introduction se fait en douceur. Comment aborder d’un point de vue exclusivement économique un thème aussi social que l’alimentation ? L’enjeu de ce rassemblement est clair, en plus d’une initiation à une objectivité économique presque totale, il faudra à l’économiste l’aptitude à nous faire accepter cette idée loin de notre quotidien.

Dans un premier temps Olivier Allais nous explique l’évolution des mécanismes alimentaires et leurs conséquences sur la santé. Depuis les années 1960 nos habitudes alimentaires ont beaucoup changé, consommation de fruits, de légumes et aussi de boissons.
Les schémas et les chiffres défilent et je sens autour de moi un impatience grandissante, la question ne tarde pas : « Mais les alcools les jeunes en consomment plus tôt et plus forts ! On le voit pas ça ! », ce « ça » d’interjection désignant bien évidement le graphique sous nos yeux. Et effectivement, il est difficile de retrouver ce « ça » social dans des graphiques. La difficulté d’Olivier Allais va être (tout au long de cette réunion) de faire comprendre son travail d’économiste et par extension des explications très neutres à des facteurs externes. Le chercheur nous parle de la Chine allant vers un système de plus en plus occidental, du Brésil aussi, pour finalement en revenir à l’économie pure et dure : les prix des aliments.
Encore une fois quand les courbes concernant les prix des viandes s’affichent les interjections fusent : « Mais il n’y a pas une histoire de vache folle ? On la voit pas là ! ». La salle s’agite, les débats se font entre voisins jusqu’à ce que Olivier Allais parle de l’obésité. On constate sur des expériences que plus quelqu’un est diplômé moins il a de risque d’être en surpoids et que les plus gros consommateurs de corps gras sont les personnes non-diplômés, riches et les personnes âgées. A toutes les questions plus sociales qu’économiques, le chercheur répondra prudemment et très honnêtement, en avouant qu’il est difficile pour eux, économistes, d’évaluer les données mentionnées qui concernent d’avantage le domaine social.

Le groupe devient taquin et prend plaisir à titiller l’intervenant. Seulement, les chiffres concernant l’augmentation de l’obésité dans le monde interpellent toute l’assemblée, face aux courbes croissantes des USA avec ces 40% d’obèses ou encore de la Nouvelle-Zélande, le Mexique, le Royaume-Unis et l’Australie, la salle reste choquée et on entend des « Mais ça augmente de partout… » ou bien des « C’est impressionnant ! » …

Olivier Allais passe à la partie concernant les prix, les groupes de personnes ciblés, nous explique des études menées aux États-Unis dans des lycées pour observer la modification des habitudes alimentaires, notamment sur la consommation des fruits. Une des membres du groupe d’Andrésy en vient à la conclusion que si les enfants consomment plus de fruits dans leurs écoles lorsque les prix baissent c’est « qu’ils trouvent à l’école ce qu’ils n’ont pas à la maison. ». Encore une fois le côté social se démarque pour les auditeurs, ce à quoi l’économiste oppose « L’effet de prix pur. », une notion bien éloignée de nos quotidiens à tous.

Finalement conciliant, Olivier Allais ouvre le sujet sur une question essentielle : « Est-ce qu’on a changé nos habitudes de consommation ? ». Taxes, subventions, campagnes d’informations, les sujets s’enchainent.
Dans le domaine de l’économétrie un véritable étude doit se mener en ayant la possibilité d’observer ce qui se passe avec et sans la campagne. Le chercheur nous confie alors qu’il est actuellement sur un projet avec la RATP, l’idée serait donc de voir si sous l’influence d’une campagne un utilisateur serait plus enclin à prendre l’escalator que l’escalier, quelles seraient les vraies répercutions sur ses habitudes ?

Olivier Allais est très critique concernant les campagnes telles que « Mangez, bougez. » qu’il estime plus de la catégorie sociale que celle d’une étude concrète, car dans la réalité personne n’évalue les conséquences et les résultats de ces démarches. Ce à quoi on s’indigne : « C’est quand même le citoyen qui paye et comment alors, on peut ne pas faire d’évaluations derrière ? ».

La séance se termine par la sensibilisation à l’étiquetage des produit et ses différents aspects, l’impact de l’information que porte une simple étiquette sur nos habitudes de consommation. Malgré des tentatives pour faire comprendre son sujet, Olivier Allais l’économiste se fait encore une fois objecter : « Mais c’est une question de sciences humaines ! » affirme un des membre d’Andrésy, trouvant que la clé principale de l’évolution de nos habitudes alimentaire est plus liée à « l’accès » plutôt qu’à des expériences ou tests sur la population. En effet, plus c’est cher plus une certaine partie de la population se voit privée de certains mets, les « mauvais aliments » étant quand à eux beaucoup moins chers.

La réunion semble se terminer, on enfile vestes et blousons, pourtant la tentation est trop grande et le débat reprend de plus belle : entre des anecdotes sur Michelle Obama, les chamallows et les pizzas , le ton devient plus social voire convivial, Olivier Allais ôtant peu à peu sa veste d’économiste pour enfiler celle de citoyen.
Il est 23h, la réunion se termine, on sort dans la nuit noire sans même regarder les étoiles.

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