Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
16
mai
Un goûter transgénérationnel…

Dans la grande salle de la maison de Quartier Jules Verne d’Achères, Nathalie Politzer achève les derniers préparatifs. Cette responsable des formations de l’Institut du goût, aligne sur une table des gobelets remplis de liquides colorés, répartit des biscuits sur des assiettes, ouvre des paquets de caramels chocolatés… Elle compte éveiller les sens des habitants d’Achères, tant les enfants qui fréquentent les deux maisons de quartier, Jules Verne et Jacques Prévert, que les mamans du groupe Gardons le lien dans la ville (GLV) et les quelques curieuses venues participer à cette séance d’initiation au goût, parmi lesquelles une réalisatrice en repérage, des employées municipales en mission et même une grand-mère en vacances !

En tout près de 25 personnes sont venues participer à cette séance de dégustation. Le plus jeune, Shelah, douze mois, s’endormira sur les genoux de sa mère ; la plus âgée, Henria, 87 ans, ne ratera pas une miette de la session, du discours inaugural au café final. Le gros des troupes oscille entre 7 et 11 ans.

Dès le début de la séance, Anthony, 10 ans, s’inquiète «Est-ce qu’on goûte même si on n’aime pas ?». Nathalie le rassure et stimule sa curiosité : «Je vais vous proposer deux boissons, une verte et une rose, à vous d’identifier les fruits qui les composent». Pendant la dégustation je repère des grimaces. Alyssa, 11 ans, me confie que la boisson rose n’est pas bonne, a un drôle de goût de carotte. Sa voisine, Lamia, 9 ans, n’est pas d’accord «Moi j’aime les deux». Lohana, 10 ans, préfère aussi la boisson verte, «la rose est acide» précise-t-elle. Tour à tour les enfants sont invités à indiquer quels ingrédients ils ont repérés dans les boissons. Banane, poire, kiwi, myrtilles sont évoqués pour la boisson verte tandis que la fraise, la carotte, la framboise et la tomate correspondraient à la boisson rose. Nathalie vend finalement la mèche : «Les deux boissons sont exactement les mêmes, à base de kiwi, de pomme et d’ananas mais j’ai rajouté un colorant alimentaire dans la seconde». «Tu nous as bien eus !» s’exclame Ayoub, 10 ans. A l’autre bout de la salle, les mamans de GLV, les médiatrices, animatrices et coordinatrices ont elles aussi été trahies par leurs yeux et abusées par les couleurs.

Après la vue, la deuxième expérience porte sur l’odorat. «C’est quoi l’odorat ?» demande Adriano, 10 ans. L’explication de la formatrice, schéma médical et coupe sagittale de la tête à l’appui, à de quoi satisfaire les plus assoiffés de connaissances. La pratique reste cependant à la portée des plus jeunes puisque Nathalie distribue deux moitiés de gâteaux à chacun. «Je connais, c’est des mini-galettes» s’exclame Wassini, 10 ans. Pas question de les dévorer. Nathalie invite à les flairer, c’est-à-dire à en inspirer fortement l’odeur. Tous obtempèrent. «Ça sent le fromage» décrète Anthony en humant la seconde galette et déclenchant l’hilarité générale. Mais le jeune garçon a du nez : la recette de cette deuxième galette, contrairement à la première, comporte des produits laitiers. Le plus incroyable n’est pas le flair d’Anthony : c’est le fait que pendant 10 minutes, les galettes restent intactes dans les assiettes posées devant les enfants !

Finalement ils peuvent les manger, mais la consigne est stricte : «Goûtez les galettes. Puis prenez celle que vous avez préférée, prenez une grosse bouchée, mastiquez-la, puis bouchez-vous le nez 5 secondes avant de l’avaler». Bilan de l’expérience : «On ne sentait pas le goût» clame Soumaya, 8 ans, «On sentait mieux le goût» décrète au contraire Wassini, 10 ans, «On n’arrivait pas à respirer» résume justement Lïes, 8 ans, tandis qu’Adriano réclame une autre galette «avec du beurre !» pour amuser la galerie et épater Anthony, son frère jumeau…

« Quand on se bouche le nez, on supprime l’odorat et donc assez largement le goût » explique, sans se démonter, la formatrice, avant de lancer la dégustation suivante qui porte sur deux solutions incolores. Kilyan, 6 ans, grimace et trouve les deux tout aussi mauvaises. Effectivement, la première contient un acide et la seconde de la quinine qui lui donne une forte amertume. « Amer ça vient de la mer ? » s’enquiert poétiquement Lïes.

Enfin la dernière expérience concerne le toucher. A la grande joie de tous, Nathalie distribue des caramels chocolatés. Une moitié du bonbon doit être mastiquée avec application, tandis qu’ensuite, on laissera l’autre moitié fondre dans la bouche. Avant même la fin des consignes, Anthony a dévoré tout son Michoko. Du côté des filles, on est plus discipliné, même si Lamia me confie, la bouche pleine, ne pas aimer le chocolat noir, tandis que Soumaya affirme que «croquer c’est mieux que sucer!».

Henria m’avoue avoir du mal, avec son dentier, à aller au bout de cette dernière dégustation. Elle a préféré les galettes : «J’ai tout de suite repéré celle avec du beurre» précise la grand-mère venue du Pas de Calais découvrir les activités associatives de sa fille. Invités par Nathalie Politzer à indiquer ce qu’ils ont retenus de la séance, les participants, ravis, rivalisent de propositions : «Pour goûter, on utilise tous les sens» résume joliment Alyssa. Stéphanie Thévenet, médiatrice du centre d’action sociale d’Achères, s’avoue bluffée par les colorants alimentaires qui ont trompé son palais. Lïes revient sur son apnée de 5 secondes : «on a mâché et on n’a plus respiré !». Isaïa, 7 ans, se félicite : «C’était très bien. Et on a bien mangé !». Tous remercient Nathalie, qui, touchée sans doute, distribue le reste de bonbons…
Tandis que les enfants aident à ranger la salle, les adultes, réunis autour d’un café, partagent leurs impressions.
Finalement, on a tout à gagner à discuter des goûts et des couleurs !

1 commentaire

  1. Stephen dit :

    trusted@pillspot.com » rel= »nofollow »>.…

    good….

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