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Saison 2012-13 : La mémoire
01
juin
Le débat de clôture

Ce mardi 24 mai, des représentants des 52 groupes QSEC de Seine-et-Marne, des Yvelines, d’Essonne, de Seine Saint-Denis, de Paris et du Val de Marne convergent tous vers l’hôtel particulier du Conseil Régional d’Ile de France, dans le très chic 7ème arrondissement. Ils sont venus se rencontrer, échanger leurs idées, confronter leurs points de vue. Un débat de clôture aux airs de réunion de famille : je suis ravi de retrouver les nombreux visages croisés tout au long de l’année.

Le somptueux amphithéâtre du Conseil Régional est comble : ils sont plus de 200 à s’être déplacés. Lycéens, retraités, mères de familles, universitaires, agriculteurs… l’auditoire est aussi divers que les participants au projet. Je distingue aussi, dans la salle, des sociologues, des diététiciennes, des nutritionnistes, des chercheurs qui toute l’année ont fait profiter les groupes de leurs connaissances. Au premier rang, quelques experts, comme l’agronome et économiste Henri Rouillé d’Orfeuil, le sociologue et économiste Jean-Louis Lambert, Marc Dufumier, professeur à Agro Paris Tech, Pacale Hebel, directrice du departement consommation du Credoc ou encore Medhi Drissi, représentant en France de la FAO.

Nicolas Blémus, notre coordinateur, Isabelle This Saint-Jean, la vice présidente du Conseil Régional, Alain Anselmet, chargé de mission à la DRRT Ile-de-France, et Bernard Legrand, du conseil général de l’Essonne ouvrent la séance par de brèves allocutions soulignant, chacune, la qualité des travaux accomplis et l’implication de tous les participants au projet. Ils laissent ensuite la tribune à Jean Marquet qui va animer le débat.
Il se lance dans une rapide synthèse : 78 propositions rassemblées en 36 items repartis dans quatre thèmes : Nourrir la planète, Notre système alimentaire, Le choix du consommateur, Culture et Santé.

Des documents, remis à l’ensemble des invités, témoignent du foisonnement d’idées, notamment des espèces de cibles ou de roues mettant en regard les groupes et les démarches, des questionnements et des citations et qui tiennent à la fois du jeu de l’oie et du mandala tibétain.


Chaque thématique est introduite par un petit film humoristique de 2 minutes que Nicolas a fait réaliser. Ces scénettes, que Jean Marquet qualifie de mises en bouches rencontrent un franc succès et déclenchent l’hilarité. Deux comédiens y évoquent avec humour et absurde les questions du gaspillage, du bio, de l’étiquetage alimentaire, des régimes…
L’ambiance est détendue, le public n’hésite pas à prendre la parole. Les premières interventions, sur la faim dans le monde, s’adressent aux experts. Henri Rouillé d’Orfeuil et Marc Dufumier dénoncent une production mondiale excédentaire et des paysans trop pauvres. Mais rapidement la parole est dans la salle, les participants se répondant les uns aux autres. Aux réflexions générales sur les circuits courts, Pascal rétorque « je ne vais pas acheter mes tomates à 40 kilomètres de chez moi ! ». Alexandre évoque ses travaux sur l’eau avec les détenus de Fleury-Mérogis, et souligne le peu de moyens de recherche à leur disposition. Pour Martine du groupe Paris Montagne l’eau potable est suspecte de contaminations diverses, tandis que pour Magdeleine du groupe de Poissy le problème c’est la pénurie, liée à des cultures trop voraces comme le maïs. Mohamed du lycée Arago résume : « l’eau c’est vital ». Amédé, du foyer Rameau s’insurge contre la pollution des océans tandis que Zohra, enseignante à Villeneuve Saint-Georges, évoque la dégradation des rivières dans son village natal de Tunisie.

Jean-Jacques, du groupe de Saint-Quentin, résume avec brio les termes du débat sur les OGM tandis qu’Anne-Marie, du café philo de Chelles, insiste sur l’intérêt pour chaque citoyens de développer sa réflexion. Siva, du lycée Marcel Cachin, déplore la hausse des prix. Mickaël, de Provins, s’interroge sur la compatibilité entre production et écologie, ce qui lui vaut une réponse éloquente de Marc Dufumier, saluée par une salve d’applaudissements.

Et puisque le pli est pris, on applaudit à tour du bras : Christelle, enseignante à Limay qui préfère acheter des produits locaux à des produits bio venant de loin ; Christophe, de Poissy, qui souhaite « manger en conscience » ; Daniel, agriculteur et membre du groupe Clic Rivage, qui évoque son métier ; Philippe du réseau des AMAP ou encore Laetitia, du groupe des habitants de la Goutte d’or, qui raconte comment elle s’est lancée avec ses voisines dans la myciculture urbaine : « aujourd’hui nous croulons sous les champignons de Paris ! ».

Les interventions s’enchainent. Evelyne, chimiste émérite répond à Valérie la journaliste. Les propos de Clara, la diététicienne, succèdent à ceux de Mélanie, élève en BEP. Martine, la psychothérapeute s’interroge sur le glissement de l’alimentation à la consommation, tandis qu’Alaya, de l’association des Franca, insiste sur la nécessité de repenser la restauration collective. Et les applaudissements reprennent pour Marie-Louise, en seconde à Limay, qui développe le postulat émis par son groupe : « il vaut mieux s’assumer comme on est plutôt que de se gâcher la vie à tenter de se transformer physiquement ».

Jean-Louis Lambert et Medhi Drissi concluent brillamment la séance, reprenant les points développés par les participants, remarquant aussi quelques écueils : des affirmations parfois trop normatives et péremptoires, voire simplistes. Le représentant de la FAO note la coïncidence de la plupart des positions avec celle de son organisation mais regrette que l’on n’ait pas évoqué davantage la vulnérabilité des plus pauvres. Du coup l’enchainement est tout trouvé pour Nicolas Blemus qui annonce le thème de réflexion de l’année prochaine : l’argent !

Après 4 heures de débat, il est temps de passer à des nourritures plus terrestres, et l’aventure se conclut par un buffet. Brochettes de fruits, crêpes imprimées au chocolat, jus de fruits issus du commerce équitable : la collation proposée fait écho aux propos échangés. Nutritionnistes ou philosophes, lycéens ou retraités, agronomes ou animateurs, tous sont égaux devant la gourmandise et ne boudent pas leur plaisir. Les groupes se mélangent au grès des friandises, et les conversations vont bon train… Je m’éclipse vers 20h00, tandis que les échanges n’ont rien perdu de leur amicale intensité. A l’année prochaine les amis.

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