Archives : L'argent | 2011 - 2012
24
juin

Le débat de clôture

Lycéens du 93, retraités d’Evry, stagiaires des écoles de la seconde chance de Magnanville, des Mureaux ou de Rosny-sous-Bois, agents du conseil général du Val de Marne, membres du café débat de Saint-Quentin-en-Yvelines, groupe de mamans de Brunoy ou de femmes d’Achères, élèves du lycée agricole de Brie-Conte-Robert, représentantes du SEL de Noiseau… ils sont plus de 200, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, réunis dans l’hémicycle du Conseil Général d’Ile-de-France pour la séance de clôture de la saison 2011-2012 de QSEC.

A l’heure du bilan, quelques chiffres s’imposent : cette année, les huit départements de l’Ile-de-France ont été représentés par près de 1300 participants qui, au sein de 68 groupes de citoyens, ont rencontrés 200 spécialistes lors de plus de 500 séances de réflexion et de débats autour de l’argent. Leur réflexion a abouti sur la formulation de convictions, 168 en tout, synthétisées en 31 postulats sur lesquels l’ensemble de ces participants a été amené à voter. Ces 31 postulats se répartissent en 4 thématiques :
-le système financier
-richesses et inégalités
-la monnaie
-les alternatives

Bao Nguyen-Hui et Nicolas Blémus

Après une brève présentation par Nicolas Blémus et une allocution de Bao Nguyen-Huy, délégué régional à la Recherche et à la Technologie d’Ile-de-France, Paul de Brem, qui anime la séance propose à l’assistance « d’escalader l’Everest par la face nord » et de débattre du système financier.
M. Delos, du groupe Chrétiens en monde rural, rappelle quelques chiffres qui l’ont marqué : la part « réelle » de notre économie n’est que de 5%, tout le reste n’est que finance spéculative. Sa conclusion est claire : « il faut réguler les marchés ». Cet appel à la régulation est largement repris et partagé, que ce soit par le groupe des jeunes de Seine Saint-Denis, par Philippe Dehay qui enseigne l’économie et la gestion ou encore par Magdeleine du groupe de Poissy qui souhaite remettre la monnaie dans les programmes scolaires. Jean-Pierre, du café-débat de Saint Quentin fait observer que les Etats sont cependant les premiers à violer leurs réglementations. Marc Lenglet, enseignant à l’European Business School de Paris et ancien déontologue auprès d’organismes financiers, témoigne à son tour. Son intervention, saluée par des applaudissements, rend compte de la complexité de la finance et de la difficulté à appliquer les règles pourtant nombreuses qui encadrent ce secteur.

Paul de Brem invite la salle a échanger autour du deuxième thème : richesse et inégalités. La discussion ne tourne finalement qu’autour de la société de consommation et ses sollicitations. Les mamans de Brunoy ou de Meaux parlent de leurs enfants, les élèves du lycée Newton de Clichy ou du lycée agricole de Brie-Conte-Robert évoquent leur propre apprentissage de la valeur de l’argent. Pour le groupe d’ATD Quart Monde du Val d’Oise « l’argent est une valeur morale, il faut enseigner très tôt à associer travail et argent ». Une représentante du centre de loisir d’Argenteuil abonde dans ce sens : à travers des jeux de rôle, les enfants du centre ont compris les contraintes des adultes et réalisé qu’on ne pouvait pas dépenser sans compter

Les thématiques de la monnaie et des alternatives à celle-ci suscitent elles aussi de nombreuses interventions. Jean-Claude, du réseau d’échange réciproque de savoirs de Seine-et-Marne, distingue échange et achat. Un membre du groupe d’Andrésy fait observer que la monnaie est libératrice car l’acte d’achat ne rend pas redevable. Pour Rosine, du groupe Echange Idée Entraide de Montereau « seuls les échanges, et non la monnaie, créent du lien ». Francis Dupuy, anthropologue, lui donne raison : « la monnaie n’a de valeur que dans la relation dans laquelle elle agit et le système dans lequel elle opère » résume-t-il.

Toute aussi vivante, la discussion sur les systèmes alternatifs et les monnaies complémentaires nous entraine au Brésil où on compte en Palmas, nous plonge au cœur des SEL, transite par la Suisse et ses Wir parallèles, passe par l’Allemagne et son Chiemgauer avant de revenir en France, très précisément à Nanterre où le groupe Agora a imprimé une monnaie à l’occasion d’une « trocante », pour faciliter les échanges d’objets.

Après une synthèse par Eve Chiapello, professeure à HEC, la séance prend fin avec le court discours d’Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle insiste sur l’importance du projet QSEC pour la région qui y consacre un budget de 4 millions sur 5 ans, « pour mettre en place les conditions d’un dialogue entre chercheurs, citoyens et élus ». Et conclut en annonçant le thème de l’année prochaine : « la mémoire ».

Eve Chiappelo et Isabelle This Saint-Jean

Le cocktail qui suit le débat est l’occasion pour tous les participants de poursuivre leurs échanges. Ici l’Essonne se rapproche des Yvelines, là les Hauts-de-Seine discutent avec la Seine Saint-Denis tandis que Val-d’Oise et Val-de-Marne échangent leurs points de vue.
Je capte au vol quelques bribes : « neurosciences… transmission… Histoire… lois mémorielles… » La quatrième saison de QSEC est déjà en marche !

Crédits photos : © Guillaume Lebrun

11
juin

Débat de cloture : mardi 19 Juin

Le 19 juin prochain aura lieu le débat de cloture de la saison 2012 de QSEC .

Au cours d’un après-midi réunissant 200 représentants des groupes d’habitants ainsi que quelques éminents spécialistes, 31 de ces convictions et idées seront débattues parmi lesquelles :

- Le monde de la finance gagnerait à se diversifier, notamment en étant accessible autrement que par des écoles de commerce ou les grandes écoles.

- Pour permettre aux plus fragiles de conserver un lien avec la société, les minima sociaux pourraient être accompagnés, lorsque cela est possible, d’une contrepartie du bénéficiaire, sous forme de service rendu à la collectivité.

- La monnaie favorise les échanges, mais pas les relations entre les êtres humains.

- Il faut créer d’autres indices que le PIB, en faisant plus de place à la qualité de vie et au bien-être, ce qui permettrait de mieux mesurer la richesse d’une société.

Présents durant toute la durée des échanges, la sociologue Eve Chiapello – Professeure à HEC, co-auteur de Le nouvel esprit du capitalisme – et Isabelle This Saint-Jean Vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche, prendront la parole afin de conclure l’événement.

Loin de viser à l’établissement de propositions consensuelles, ce débat cherchera à révéler la diversité des manières de questionner et d’envisager un même thème, ceci afin de permettre à chacun des participants de sortir plus riche du point de vue des autres.

La rencontre sera animée par le journaliste scientifique Paul de Brem.

Informations pratiques :

Débat de clôture, mardi 19 juin (14h-18h), au Conseil régional d’Ile-de-France – 57, rue de Babylone – 75007 Paris.

La rencontre sera retransmise en direct sur www.ile-de-France.fr

Davantage d’informations sur le projet QSEC : www.qsec.fr

01
juin

Le travail au Conseil Général

Delphine, Sabo, Pascale, Brigitte, Corinne, Christian, Mehdi, Fernanda, Linda, Stéphane, Denis… tous sont des agents du conseil général du Val de Marne, issus des services de la culture, de l’action sociale, des loisirs, de l’art, des sports, de la direction des systèmes de l’information ou encore de la mission d’insertion des jeunes. Tous ont réfléchi ensemble sur les usages et les représentations de l’argent et s’atnt aujourd’hui à la question épineuse des relations entre l’argent et le travail

Pour les aider dans leur réflexion, ils ont convié, avec l’aide d’ASTS, Yves Baunay, professeur d’économie à la retraite et ancien responsable syndical qui anime un chantier sur le travail au sein de l’institut de recherche de la FSU.
Plutôt que de leur faire un exposé magistral, il demande simplement aux employés du CG94 comment ils vivent leur propre travail.

Linda ouvre le débat en évoquant les témoignages d’agents de Pôle Emploi que leur a fait passer Yves Baunay pour préparer la séance. « Il n’y est question que de souffrance au travail » relève-t-elle. Denis va plus loin, et, invoquant l’étymologie, se demande si le « travail » ne renvoie pas finalement à une obligation, voire à l’esclavage. Fernanda tempère aussitôt le propos : « je ne travaille pas que pour de l’argent mais aussi pour apprendre, pour me sentir bien ». Pascale souligne que si la situation des agents du Conseil Général ne peut se comparer à ce que vivent ceux de Pôle Emploi « il existe aussi une politique de réduction des moyens financiers qui aboutit à un sentiment de perte de sens. La contrainte économique permanente est déprimante ». Stéphane souligne qu’il y a eu un changement brusque de culture au sein même du Conseil Général, un virage rapide assez déstabilisant. Mehdi approuve et en rapprochant ses 10 ans d’expérience dans le privé de ses nouvelles fonctions dans le public, parle du choc de deux mondes. Denis insiste : le travail est une pénitence, il préfère parler d’activités et se lance dans un long discours sur l’épanouissement. Christian interroge : « le travail c’est un besoin ou une nécessité ? Est-ce qu’on sait encore pourquoi on travaille ? ». Corinne déplore que l’on parle souvent, dans les médias, du coût du travail en négligeant de préciser qu’il est d’abord une richesse. Pour elle « le travail devrait être une source de créativité ».

Le débat est lancé. Par deux fois Yves Baunay intervient, pour synthétiser, recadrer, lancer de nouvelles pistes. Mais la parole reste dans la salle. Valeurs marchandes contre valeurs humaines, instruments de mesure contre épanouissement personnel… on évoque bien sûr les salaires, mais aussi le temps de travail : badgeuse et 35 heures déchainent des passions et divisent la salle. On parle santé, esprit d’équipe, compétition, objectifs, reconnaissance, mérite, organisation, qualité… Le débat pourrait durer la journée entière. Mais finalement tous sont d’accord pour dire qu’il ne faut pas que l’argent domine le travail, que le travail ne soit défini que par des valeurs comptables.
Yves Baunay conclut en remarquant que ce qui manque le plus à notre société c’est un débat sur les critères de la qualité du travail : « mais il y a du travail pour mettre le travail sur la table ».
C’est pourtant ce qu’ont fait aujourd’hui les agents du Conseil Général.

25
mai

Les enfants d’Achères

Le groupe QSEC de la maison de quartier Jules Verne à Achères est constitué d’une cinquantaine d’enfants, de 9 à 12 ans. Leur réflexion porte sur « la richesse et les inégalités de richesse des enfants du monde ». Et aujourd’hui ils reçoivent la visite de Jean-Marie Duprat, responsable plaidoyer du Comité des Yvelines de l’Unicef France, venu leurs parler des droits de l’enfant.

Celui-ci commence par se présenter, en voisin de Marly-le-Roi et en qualité de « papy retraité ». Il leur explique comment, en vendant des cartes postales, il est devenu bénévole pour l’Unicef. Quand il demande aux enfants ce que signifie ce nom, les réponses ne se font pas attendre : « ça veut dire qu’on est unis » affirme un jeune garçon. « On est des bénévoles pour donner des jouets aux enfants » déclare une jeune fille.
Tout au long de son intervention Jean-Marie fait intervenir les enfants, leur donne la parole, sollicite leurs interventions. Sa question : « est-ce que vous savez ce que sont les droits des enfants ? » est saluée par des dizaines de mains levées et tout autant de réponses.

On évoque tour à tour, le droit d’aller à l’école, le droit d’aller chez le médecin, le droit à la nationalité, le droit à une maison, le droit d’aller dormir, le droit de donner des jouets à d’autres enfants, le droit à la protection… L’intervenant rebondit sur chacune de ces propositions pour évoquer les questions d’éducation, de santé mais aussi le travail forcé, la réduction en esclavage, les enfants soldats, les reconduites aux frontières, l’identité, la discrimination… Une quinzaine d’affiches sur les murs de la salle illustrent ces thématiques. Si les enfants gloussent quand l’orateur évoque l’exploitation sexuelle ou l’accès aux latrines, ils sont attentifs sur l’ensemble des sujets abordés. On les sent concernés. Ils parlent des reportages qu’ils ont pu voir et racontent même leurs propres expériences.
Devant le feu roulant de questions, Jean-Marie peine à lancer la projection d’un film sur les droits de l’enfant dans le monde.

Le silence qui accompagne la projection est interrompu par un tonnerre d’applaudissements à la fin du film. Et inlassablement les questions reprennent :
-Est-ce que les enfants peuvent attraper le Sida ?
-C’est quoi le CIDE ?
-C’est quoi le paludisme ?
-Est-ce qu’un enfant peut aller en prison ?
-Est-ce qu’on a les yeux ouverts quand on dort ?
-Peut-on mourir avec l’eau ?
-Il y a combien de pays qui sont pauvres ?
Jean-Marie Duprat s’efforce de répondre à chacun, mais est dépassé par le nombre et la diversité des interrogations. Quand on lui demande de décrire les dangers de la mouche Tsé Tsé ou l’intérêt des latrines séparées, il est contraint de botter en touche.
Il conclut la séance par la projection du clip Paris-Africa.


Paris-Africa : découvrez le clip des Ricochets ! par unicef

Les enfants chantent et tapent des mains. Pour Chaïma, 10 ans, une chose est sûre, quand elle sera grande, elle sera bénévole de l’UNICEF !

Le groupe des enfants d’Achères a-t-il oublié son sujet ? D’argent il n’a jamais été question. Mais après tout il n’est de richesse que d’hommes et les droits de l’enfant ne sont-ils pas les meilleurs garants d’une humanité fortunée ?

09
mai

Montereau à l’heure du bilan

L’année dernière, nous nous étions livrés ensemble à la cuisine moléculaire. Je retrouve avec plaisir les femmes du centre social de Montereau-Fault-Yonne pour la réunion de clôture de leur parcours de réflexion sur l’argent.

« Les minimas sociaux : une stion de chiffre ? »
Cette stion a conduit ces femmes, de 20 à 65 ans, à rencontrer un économiste, s’entretenir avec le directeur adjoint de la Caisse d’allocation familiale de Seine et Marne, visiter l’Assemblée Nationale et discuter avec Yves Jégo, leur député-maire, débattre avec Cédric Rio, un philosophe membre de l’observatoire des inégalités… Un parcours riche résument à grands traits Marie-Christine, de Terre avenir et Sandrine, référent famille du centre social.

le groupe devant l’Assemblée Nationale

Pendant leur intervention, ls retardataires rejoignent le groupe. C’est jour de marché à Montereau et les femmes se sont communies l’adresse d’un marchand de fruit qui écoule ses stocks à 1 € le kilo. Parler d’argent c’est aussi joindre la théorie et la prati !
Le débat s’installe tranquillement, notamment lors Sandrine rappelle le RSA est désormais lié à une obligation de 7 heures de travail hebdomadaire. Pour Francine, très remontée, c’est de l’exploitation pure et simple. Pour Messaouda au contraire, les mimima sociaux peuvent constituer un piège pour les plus jeunes et il est important de donner un rythme et des horaires.

Retraitées, étudiantes, salariées, sans emploi, les profils des participantes sont très divers, ainsi leurs origines et leur parcours. On sent cependant une grande complicité entre elles, malgré des différences d’opinion parfois très fortes. Toutes ont cependant bénéficié, à un moment ou un autre de leur vie, du versement d’allocations.
« En 2003 j’ai divorcé, en 2007 j’ai perdu mon travail, sans les minima sociaux je ne sais pas comment j’aurai nourri mes trois enfants » témoigne Fatima. Messaouda de son côté indique  sans ces aides ses quatre enfants n’auraient pas pu faire d’études. Malika rappelle les jours de versement des allocations de la CAF, il y a la ue à la poste : « les gens attendent ça pour vivre » et indique  lors son mari s’est retrouvé au chômage, les prestations sociales les ont bien aidés.

Indispensables ces prestations ne sont pas pour autant une panacée. Au lieu de favoriser l’insertion elles peuvent conduire à la dépendance et la marginalisation. Constituer d’avantage un frein qu’un moteur. On évo les abus, les fraudes (on a appris d’Alain Chelloul, directeur adjoint de la CAF, celles-ci étaient en grande majorité du fait des entreprises et non des particuliers). Finalement toutes s’entendent pour dire ces minimas ne sont pas une simple stion d’argent, de chiffre. Qu’ils offrent une sécurité relative (« une bouée pour ne pas se noyer » résume Malika), mais pas suffisante (« Avec un RSA, 460 € par mois, je ne sais pas comment on fait pour manger » déplore Francine tandis qu’Habida témoigne « lle vie on a quand on vit avec ça ? On est montré du doigt ! »).

Marie-Christine aide les participantes à synthétiser leur pensée, pour produire un item QSEC : une affirmation qui témoignera du parcours de réflexion du groupe et permettra le débat lors de la restitution finale du 19 juin au Conseil Régional d’Ile de France. Une première formulation hésitante « Les minima sociaux offrent une sécurité économi mais ne permettent pas de profiter de la vie » aboutit à «les minima sociaux doivent permettre de garantir une sécurité économi minimum et de maintenir un lien social ». L’idée fait consensus, la formulation pas tout à fait, il faudra peaufiner.

En se séparant, le groupe songe déjà au parcours QSEC de l’année prochaine. Et les femmes de Montereau ont bien l’intention d’en débattre ensemble !

25
avr

From Richmond to Brie-Comte-Robert

Vincent Glenn est rentré hier du festival du film français de Richmond, Virginie, USA. Je le retrouve à la gare RER de Vincennes pour me rendre avec lui au lycée agricole Bougainville de Brie-Comte-Robert où il va présenter son film Indices à une soixantaine d’élèves, dont près de la moitié constitue un groupe QSEC.

Contacté il y a plusieurs semaines déjà par Marie-Christine Garnot de Terre Avenir pour venir présenter son documentaire, il n’a plus en tête l’ensemble des tenants et aboutissants de l’opération. « En somme, il s’agit d’éducation populaire, d’apporter les éléments pour nourrir une expertise citoyenne ? » résume le cinéaste après que nous en ayons reparlé. Vincent y voit aussitôt des parallèles avec sa propre démarche d’ « activiste du droit de comprendre ».

Édith Trocquet, la proviseure adjoint du lycée, est venue nous chercher à la gare de Boissy-Saint-Léger. Dans sa Kangoo municipale, elle nous présente ce qui nous attend. Le parcours QSEC est ramassé sur une seule semaine, celle du développement durable. Ses 28 membres réfléchissent à la question suivante : « peut-on échanger sans argent ? ».
Lundi ils ont accueilli Stéphane Breton, anthropologue venu leur présenter des sociétés qui relèvent ce défi. Mardi, ils ont philosophé avec Anne-Marie Dugué qui enseigne cette discipline. Jeudi ils recevront un sociologue et vendredi des associations de commerce équitable et d’échanges de savoirs. Mais aujourd’hui, mercredi 4 avril, c’est avec qu’ils vont débattre, et le cinéaste s’inquiète un peu quand il apprend que l’attendent en tout plus de soixante élèves, issus de classes de seconde générale et professionnelle, de BTS, de première technologique qui sont tous en train de visionner le film dans le grand amphi. «La différence de niveau risque de rendre le débat difficile, certains vont s’ennuyer, d’autres seront largués, il est difficile de s’adresser en même temps à des secondes et à des terminales » appréhende le réalisateur.

Accueilli dans l’amphi par une salve d’applaudissement à la fin de la projection, il donne immédiatement la parole à la salle et les questions fusent.
-Combien de temps à duré le tournage ?
-Le film s’est-il bien vendu ?
-Quel est votre métier exactement ?
-Est-ce votre premier film ?
-Qu’est ce qui vous a conduit à traiter ce sujet ?

Elles concernent aussi bien le film que son contenu.
-Les indicateurs sociaux et de bien être sont-ils utopiques ?
-Est-il selon vous possible de sortir de la mondialisation ?
-Avez-vous interpellé les candidats à la présidentielles sur ces questions ?
-Que peut-on faire pour changer les choses ?
-Pourquoi n’avoir pas traité des indicateurs des Agendas 21 ?
-Pouvez-vous préciser la notion de Produit Intérieur Doux évoquée dans le documentaire ?

Vincent répond à chaque question avec soin, multipliant les exemples concrets et livrant quelques anecdotes. Ainsi c’est en apprenant que les accidents de la route avaient un impact positif sur la croissance qu’il a eu l’idée de son sujet. C’est en réfléchissant aux sens du mot « indice » qu’il a construit son film autour d’énigmes, comme une enquête policière. C’est parce qu’elle permet de redéfinir nos priorités qu’il juge utile la réflexion sur les indicateurs de richesse. Il rappelle au passage les multiples formes que peut prendre cette dernière. Enfin, il rappelle cet aphorisme « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clou », et souhaite que son film permette de prendre un peu de perspective sur une vision qui ne serait qu’économique.
Le débat est nourri. Les élèves n’hésitent pas à relancer le conférencier, à se répondre les uns aux autres, notamment sur les questions d’engagement citoyen. La séance se clôt sous les applaudissements.

Pendant le trajet du retour, le cinéaste m’avoue avoir été surpris et impressionné par la vivacité et l’intelligence des élèves du lycée agricole. « Voilà qui est plutôt de bon augure pour l’agriculture de demain » se réjouit-il, lui qui compare son travail de diffusion de la connaissance à la production biologique, privilégiant la durée et la qualité. En un an, il a ainsi accompagné près d’une centaine de projections devant toutes sortes de publics. « Il y a d’autres indicateurs que le box office pour mesurer le succès d’un film » fait remarquer l’auteur d’Indices. Et si son film affiche plus de 10 000 entrées en salle (le double en séances non commerciales), sa plus grande réussite est sans doute de stimuler la réflexion. Comme l’a proposé une des élèves du lycée Bougainville : «Finalement, et si on reprenait le pouvoir sur l’économie ? »

19
avr

Daniel Bouvart, la curiosité en action


Daniel lors de la séance de clôture de la saison dernière

Daniel Bouvart rentre juste d’une semaine de randonnée en Jordanie. Ancien ingénieur, ce jeune retraité de 62 ans déborde d’activités. Membre de l’université inter-âge de Melun depuis deux ans, il s’est naturellement imposé comme animateur au sein du groupe QSEC Clic Rivage de Melun. La saison dernière, ses comptes-rendus de réunion ont été postés sur le blog, et cette saison, il n’a pas hésité à animer lui-même une séance en présentant des documentaires télévisés.
Ancien ingénieur spécialisé dans les matériaux composite, Daniel est curieux de tout : à l’UIA il a étudié la civilisation Maya et les traitements d’épuration de l’eau, mais aussi l’œnologie et système immunitaire. Sportif, il combine randonnées pédestres, cyclisme et séjours à la montagne pour skier avec ses 4 petits enfants. Pour autant, il s’arrange pour ne jamais rater une séance QSEC. « Ces rendez-vous m’apportent des informations et des réponses. L’année dernière, la saison sur l’alimentation m’a amené à mettre en application certains conseils pour mieux équilibrer mes repas » explique-t-il. Et cette année ?
« Avec le thème de l’argent, la mise en œuvre est plus complexe, d’autant que je souhaitais comprendre comment sortir de la crise de l’euro. Mais QSEC me permet de mieux décoder les rouages de l’économie. Le sujet retenu par le groupe Clic Rivage « comment vivre avec moins ? », me concerne évidemment puisque la retraite entraine une baisse de revenu de 30 à 40%. Mais ce qui m’a le plus marqué, à ce jour, est la présentation faite par une sociologue sur les conditions de vie des gens qui sont à la rue. Je n’imaginais ni la misère ni l’organisation que requière la simple survie ! Finalement quand on prend conscience de ces galères, on relativise ses propres difficultés ».

13
avr

L’argent public en débat à Créteil

« L’argent public. Pourquoi les états sont-ils endettés ? » Un sujet d’actualité débattu par les équipes QSEC de Créteil. A l’heure où la crise frappe fort et certains pays croulent sous les dettes, une question nous trotte dans la tête : pourquoi ?

C’est ce que va essayer de mettre en lumière Stéphanie Treillet à travers une série de documents et d’explications. Stéphanie Treillet est économiste, maître de conférence à l’UPEC (Université de Créteil), membre du Conseil scientifique d’Attac-France, de la Fondation Copernic et militante féministe. Un profil parfaitement adapté à la situation et prête à répondre à toutes nos interrogations. La plupart des personnes présentent sont des agents départementaux du Val de Marne. Malheureusement nous ne seront pas au complet, 6 personnes seront excusées et l’audience sera donc composée de 7 agents.

La séance à peine commencée c’est Sylvie et Corinne qui, à ma gauche, soulèvent la demande d’un temps d’échange dans le groupe. Un mini-débat constructif aboutira sur une demande d’ajout d’une séance en mai pour la restitution du projet.

Stéphanie Treillet peut commencer son exposé. C’est sur le thème des « idées reçues sur la dette publique » qu’elle va développer sa présentation  en 3 points. Le premier étant l’affirmation « Le budget de l’état, c’est comme le budget d’un ménage« . Stéphanie Treillet va démontrer que cela est faux. D’une part car l’état est immortel (contrairement à un ménage, dure loi de la réalité) et ne peut donc pas faire faillite. D’autre part car il finance des infrastructures et des salaires et engendre donc une activité économique et donc de nouvelles recettes. Et enfin parce que c’est l’état décide lui-même des recettes en levant l’impôt, contrairement au ménage qui ne contrôle pas l’augmentation de son salaire (ce serait trop beau).

L’intervenante conclue ce premier point en signalant bien sûr qu’il est possible de l’interrompre pour poser la moindre question. Néanmoins l’assemblée, concentrée et attentive, continue de boire les paroles de l’économiste.

Deuxième fausse idée : « Les déficits sont dus à des dépenses publiques excessives« . Stéphanie Treillet confirme que depuis 1993 les dépenses publiques restent stables en pourcentage du PIB, et s’appuie sur différents graphiques pour illustrer ses propos. Elle souligne par ailleurs qu’elle parle ici de déficits et non pas de dettes ! Le sujet va s’orienter quelques instants sur le taux d’imposition marginal, que Stéphanie Treillet nous explique en détails, tout en faisant le parallèle avec les dernières propositions de François Hollande en terme d’imposition. Pendant ces explications Sylvie chuchote alors un « Incroyable ! » comme si tout s’éclairait enfin d’un coup. Afin d’expliquer l’origine de la dette, c’est sur le rapport Carrez que Stéphanie Treillet va s’appuyer en montrant la valeur des cadeaux fiscaux et leur impact sur la crise actuelle.

La troisième et dernière fausse idée reçue sur la dette est « qu’elle est un fardeau pour les générations futures« . En effet l’économiste va nous démontrer que la dette agit au présent et n’a donc pas d’influence directe sur les générations à venir, d’autant plus que les créanciers sont deux fois plus bénéficiaires grâce aux intérêts et au creux du déficit public.

L’un des participants de la réunion souhaite développer l’importance de l’inflation, mais Stéphanie Treillet signale qu’elle va justement en venir à ce sujet car il a toute son importance dans cette analyse. Les interventions se font rares mais l’attention du public est forte. L’économiste va encore s’appuyer sur quelques graphiques afin de développer l’effet des politiques néolibérales dans le monde, puis un dernier point sur la stratégie de l’Union Européenne à travers l’austérité budgétaire, le pacte pour l’euro plus et le mécanisme européen de stabilité.

Pour conclure la séance Stéphanie Treillet propose un temps de questions, critiques et remarques. Ca tombe bien, certains participants avaient préparé quelques interrogations. La plus pertinente sera sûrement « Pourquoi le bon sens ne prend-il pas le dessus sur certains constats ou situations ?« , ce à quoi Stéphanie Treillet répondra finalement qu’il n’y a pas d’expertises communes, tout en citant les propos de plusieurs économistes qui ne sont pas partagés par tous. Bien que le timing imposé se voit déjà dépassé, la séance manque clairement de temps à la vue des passions qu’elle déchaine. Elle se conclura sur les propos d’une participante qui avec un léger sourire rappelle que la période est propice au changement via les élections à venir et que l’on peut tous changer quelque chose, même un petit peu, même à notre échelle.

Guillaume BIAU

05
avr

Danielle Coles : échange de savoirs et lien social

Conseillère en économie sociale et familiale à la mairie de Meaux, Danielle Coles s’est vue confier, fin 1997, la mission de constituer un réseau d’échange avec les centres sociaux de sa région. Retraitée depuis 2003, elle préside aujourd’hui le Réseau local d’Echanges Réciproques de Savoirs de Meaux qui en est issu et s’est depuis constitué en association.

Un groupe QSEC s’est formé au sein de ce réseau et planche sur la question suivante « l’argent n’est-il qu’un moyen d’échange ? ».
« Ce thème entre bien sûr en résonnance avec mon parcours professionnel, mais aussi avec notre réseau pour lequel la connaissance est un bien qui ne doit pas être monnayé » explique Danielle Coles.
De fait les Réseaux d’Echanges Reciproque de Savoirs proposent d’échanger des connaissances sans contrepartie financière et de tisser ainsi des solidarités qui se passent d’argent.

Parmi les séances les plus marquantes du parcours QSEC, l’intervention d’un universitaire de Poitiers sur les sociétés égalitaires ou encore la projection du documentaire Indices par Vincent Glenn, son réalisateur.
« Ce film nourrit assez profondément notre réflexion. Nous en ferons sans doute une chronique dans notre journal, le Méli-Meldois, dans lequel nous allons aussi publier un supplément QSEC à partir des compte-rendus des séances effectués par Francis Barberi, un des membres du groupe » indique Danielle Coles, avant de conclure : « QSEC est un vrai cadeau. L’attention et l’excellence de tous les intervenants nous amène à refléchir sur la citoyenneté, nous montre aussi qu’une reflexion commune peut faire évoluer les choses. Un grand merci à toutes les personnes qui ont participé à ce travail, à tous ceux et celles qui nous ont accompagné dans cette aventure à la fois scientifique et humaine ».

16
mar

De la philo pour les bacs pro

Les élèves de Terminale bac professionnel (PNS) du lycée Louis Lumière de Chelles sont déterminés. En un mois et six rencontres, ils vont boucler leur programme de réflexion QSEC et faire le tour de la question suivante : «Le crédit, une solution pour vivre mieux ?».

Pour amorcer leur réflexion, ils commencent par rencontrer une professeure de philosophie, Anne-Marie Dugué, qui enseigne à Provins, au Lycée Sainte-Croix. « Qu’est-ce que vivre mieux ? Qu’est ce que la richesse ? » demande-t-elle.
Ces interrogations débouchent immédiatement sur d’autres questions : qu’est-ce que vivre ? A partir de quand vit-on bien ? Que veut dire mieux que bien ?

En préambule à cet atelier, la philosophe demande aux élèves d’essayer de rester ouverts, de ne pas avoir d’avis trop tranché.
Ce n’est pas chose aisée pour son voisin, Issa qui s’empresse de donner son opinion sur ces questions : «On se compare toujours, si j’ai un stylo, que mon voisin en a deux, je vais en vouloir trois. On en veut toujours plus. Pour certains c’est ça le bonheur ». Face à lui, Julien réagit : « Il y aura toujours quelqu’un qui en aura plus que toi. C’est sans fin. On voudra toujours autre chose. Il faut juste avoir suffisamment. Tôt ou tard, argent ou pas, on va tous mourir. Ça ne sert à rien de vouloir toujours plus ».

Le débat est lancé. Les prises de paroles se multiplient, les positions s’affirment, les concepts s’éclaircissent. Vivre ou survivre. Bien ou mieux. Assez ou beaucoup…
« Ici on a tous une bonne vie. On a un toit, à manger, on va à l’école » remarque Larry. Issa revient sur la sécurité qu’apporte l’argent, une sécurité qui se transmet aux enfants. Julien insiste : non seulement l’argent ne fait pas le bonheur mais il peut être source de complications. Kevin aborde la question des inégalités : « C’est injuste qu’un footballeur gagne des milliards alors que mon père qui est électricien gagne 1400 € par mois ». Son indignation est partagée par tous.

Peu à peu, la classe fait émerger des nuances, réalise que la richesse n’est pas que d’argent, que la réussite n’est pas que matérielle. Pour un autre Julien –la classe en compte trois, c’est à soi même qu’il faut se comparer. Jacky estime que la réussite c’est « faire mieux que ses parents », tout en rappelant que l’épanouissement passe la réunion des différents aspects d’une vie, professionnels, familiaux, affectifs, financiers… Anoushka, un peu troublée, évoque la richesse d’amour. Un Julien chantonne « un peu, beaucoup, passionnément… » tandis qu’un autre signale la richesse culturelle ou intellectuelle. Lakhdar insiste sur la spiritualité, qui permet une richesse intérieure…

Au bout de deux heures de débat, les élèves ont progressé dans leur réflexion et partagé la diversité de leurs points de vue. «Chacun de nous pense différemment, d’où la nécessité d’échanger » synthétise Khalida. Et ils se seront tous initiés à la philosophie : «Ne jamais donner de réponse, que des questions ! » comme le résume Jacky.
Des réflexions qui conduisent Anne-Marie Dugué à louer la fraicheur, la qualité d’écoute et l’ouverture d’esprit du groupe. « J’adorerai vous avoir comme élèves » indique-t-elle, avant de conclure : « vous êtes tous des philosophes. N’en doutez pas ! ».

UNE CLASSE MOTIVÉE

Rachel Ricci enseigne la vente aux élèves de Terminale Bac Professionnel Prospection, Négociation, Suivi de clientèle, du lycée Louis Lumière à Chelles. Elle est à l’origine de leur participation à QSEC.
« J’ai été contactée par la médiatrice culturelle régionale qui m’a présenté le dispositif QSEC. La thématique de l’argent tombait vraiment à pic pour ces futurs vendeurs pour lesquels le crédit, les garanties, le financement sont au programme et qui seront amenés à s’intéresser à ces questions durant toute leur vie professionnelle. Comme ils vont passer le bac cette année, nous avons opté pour un programme très concentré : six séances en moins d’un mois, qui va leur permettre d’aller assez loin dans leur réflexion autour du crédit.
Cette première séance s’est très bien déroulée. Il faut dire que la classe est très soudée, très homogène. Je les suis depuis trois ans, cinq ans pour certains et je dois dire qu’ils ont un très bon état d’esprit. Ils sont passionnés et font preuve d’un grand respect mutuel. Il n’ont pas de philosophie dans leur cursus, du coup cette initiation venait un peu combler un manque. Les échanges étaient spontanés, sincères et de qualité. Finalement, la richesse, c’est eux !
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