Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
Archives de l’auteur : Guillaume
26
mar

Au théâtre ce soir


QSEC a le chic pour provoquer d’étonnantes rencontres. Ainsi, ce 25 mars au Conseil régional d’Ile-de-France, le théâtre a rendez-vous avec la science.
Près de 150 membres des 80 groupes de toute la région francilienne sont venus assister à une représentation suivie d’un débat.
Swan Song, ou la jeune fille, la machine et la mort est une pièce issue de la rencontre entre une auteure, Sabryna Pierre, et un chercheur, Karim Jerbi. Au terme d’un échange chronométré de 50 minutes avec le scientifique, la dramaturge a deux mois pour écrire une pièce d’une demi-heure pour trois voix : c’est le dispositif Binôme inventé par la compagnie Le sens des mots.

De son entretien avec le chercheur en neurosciences spécialiste de la communication cérébrale, Sabryna a tiré une pièce à la fois onirique et scientifique, poétique et rigoureuse. Trois comédiens (Florian Sitbon, Elizabeth Mazev, Emilie Vandenameele) lui donnent vie, interprétant un médecin un peu philosophe, une infirmière incarnant la mort et une patiente, jeune pianiste virtuose, dans le coma… Cette réinterprétation du thème classique de la jeune fille et la mort, nous fait plonger dans l’exploration cérébrale et nous interroge sur la conscience.

La performance des acteurs et la qualité de l’œuvre sont saluées par des applaudissements enthousiastes.
A la pièce succède un débat. L’auteure et le chercheur sont rejoints par Francis Eustache, neuropsychologue et membre du conseil scientifique de QSEC. Le journaliste Paul de Brem anime la séance avec décontraction et brio. Les chercheurs sont extrêmement clairs, illustrent leur propos d’exemples précis et répondent avec chaleur aux nombreuses questions.

© Guillaume Lebrun

« Que pensez-vous du Human Brain Project, ce programme de recherche européen qui vise à reproduire électroniquement un cerveau humain ? » « Les activités cérébrales que vous enregistrez ont-elles la même signature pour tous ou des variations individuelles ? » « Quels sont les différents types de mémoire ? » « Peut-on se souvenir au réveil de ce que l’on a entendu pendant le sommeil ? » « Que sait-on de la perception des personnes dans le coma ? » « La conscience, l’âme, sont-elles des fictions ou des processus organiques ? » « Comment peut-on se construire une identité sans mémoire ? » « Est-il possible d’implanter de faux souvenirs dans le cerveau ? »… L’auteure est aussi interrogée sur ses méthodes de travail : avec humour elle les compare à un presse-purée.

© Guillaume Lebrun

L’échange est dense, les questions comme les réponses d’un très haut niveau scientifique mais toujours empreintes d’humanisme et faites avec la simplicité propre à ceux qui maîtrisent totalement leur sujet. A les écouter on se sent intelligent. Mais cette simplicité est trompeuse, comme le rappelle Karim Jerbi, citant le biologiste Lyall Watson : « Si notre cerveau était suffisamment simple pour que nous puissions le comprendre, un tel cerveau nous empêcherai d’y parvenir ! »

08
mar

Mémoire familiale en Seine-et-Marne


Plusieurs groupes de Seine-et-Marne se sont réunis aujourd’hui. Parmi eux, des membres du Clic Rivage, du réseau d’échange réciproque de savoirs de Meaux, de l’université inter-âge de Melun ou encore de l’écomusée de Savigny le temple. Tous sont venus écouter Anne Muxel, sociologue et directrice de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po. La thématique du jour est « la mémoire familiale », à laquelle la chercheuse a consacré un ouvrage.

Pour définir cette mémoire, la sociologue recourt volontiers à une formule paradoxale : « la mémoire est le présent du passé ». Avec aisance et clarté elle décrit cette matière complexe au moyen de cercles concentriques qui vont de la mémoire sensorielle à la mémoire collective, du plus intime au plus commun, du plus enfoui au plus exprimé. Enfin elle précise les fonctions de cette mémoire : transmission, réviviscence et réflexivité. Elle laisse ensuite la parole à la salle.

Un échange vif mais un peu décousu prend place.
«Du passé faisons table rase… Depuis le début de votre exposé cette phrase me trotte dans la tête commente Françoise. Ça vient d’où ?». « De l’Internationale ! » répondent en chœur ses voisines.
Martine, qui revient d’un voyage au Vietnam, relève que souvenir et parole sont difficiles pour ceux qui ont vécu des moments douloureux, tels la guerre. Elle évoque les rescapés de la Shoah, les thèses de Boris Cyrulnik sur la résilience.
Pour Daniel il est plus facile de transmettre à ses petits-enfants les bons moments, les éléments positifs que les difficultés ou les doutes et il s’interroge sur cette sélectivité. Michelle et Gérard lui répondent : « Il faut que l’auditeur soit demandeur »…

Pour remettre un peu d’ordre, Sophie Ferté qui anime la séance, propose un tour de table, afin que chacun puisse formuler une question, une remarque.
Beaucoup d’interventions tournent à la confidence.
Jean illustre la différence de souvenirs au sein d’une même famille avec une anecdote personnelle. «Pendant l’exode j’avais six mois. Des avions ont survolé la route et tout le monde s’est éparpillé. Ma mère m’a déposé au fond d’un fossé et s’est allongée sur moi. Il y a peu, mon frère de dix ans mon aîné m’a confié : « j’ai alors remercié maman d’avoir protégé mon petit frère ». Mais ma sœur, qui a huit ans de plus que moi m’a dit qu’elle en avait voulu à maman d’avoir écrasé le bébé ».
Le ton est donné et la séance tourne à l’intime. Gérard déplore avoir été séparé de ses parents entre onze et vingt ans, pour ses études. «Encore aujourd’hui je n’arrive pas à surmonter ce manque qui me chagrine » confie le retraité.
Josée évoque un nouvel an familial qui a permis à ses parents, très âgés, de révéler à leurs enfants des facettes jusqu’alors inconnues de leur histoire.
Emile confie son rêve de retracer dans un livre la vie de sa famille et celle de son épouse, cadette de treize enfants.
Geneviève évoque aussi sa fratrie, 8 frères et sœurs tandis que Martine déplore d’avoir été enfant unique : « j’ai moins de passé familial ».

Françoise parle de ses petits-enfants américains et de son besoin, renforcé par la distance, de leur transmettre lectures et recettes.
Michelle, généalogiste à ses heures, mentionne une de ses sœurs : « Elle raconte comme lui étant survenues des choses qui me sont arrivées à moi ! ».
Danielle raconte comment, en travaillant sur les récits de vie et la mémoire, elle a publié un ouvrage constitué par le récit collectif de quatre-vingt habitants de Meaux.
Hue-Tam relate sa propre expérience : d’origine vietnamienne elle dit n’avoir rien transmis à ses propres enfants, « mais j’ai appris que mon fils aîné a demandé à sa fille de suivre des cours de vietnamien ».
Enfin Odile, dans des termes poétiques et précis, décrit « pendant le sommeil, l’éclatement d’une bulle de mémoire dans le magma intérieur » et, à la lumière d’un souvenir remémoré, s’interroge: « oublie-t-on vraiment ou ne fait-on que refouler ? Ce trésor intérieur qui affleure à la conscience, comment peut-on jardiner dedans, le travailler ? ».
C’est en citant Brel que lui répond Gérard « On n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout ».
Des applaudissements nourris clôturent la séance.

01
mar

Le conseil général face à l’indicible


Le Conseil général du Val de Marne ne se contente pas de soutenir le dispositif QSEC, il y participe activement. Plus précisément, une vingtaine d’agents du CG94, issus de multiples services (culture, informatique, eau et assainissement, ressources humaines, espaces verts, archives, jeunesse et sport…) ont constitué un groupe dont le thème de réflexion est « pourquoi se souvenir ? Une trajectoire de l’individu au collectif ».
Ils accueillent aujourd’hui une anthropologue, Martine Hovanessian, directrice de recherches au CNRS pour parler d’exil et de transmission de la mémoire familiale.

L’exposé de la chercheuse se concentre sur le génocide des arméniens en 1915, thème central de ses recherches. Elle évoque les rescapés souvent orphelins et devenus apatrides. « Sans retour possible » : telle est la mention qui figure sur leur passeport quand ils en possèdent. Elle décrit l’importance vitale que prend la mémoire au sein de cette diaspora, mémoire qui passe par des lieux, églises, monuments aux morts, mais aussi par le récit. L’anthropologue explique avoir travaillé dans un premier temps sur « la patrimonialisation de la mémoire collective à travers le marquage urbain » pour passer ensuite à une approche plus intime : le recueil d’histoires de vie au travers de groupes de paroles constitués avec des enfants de survivants. Elle prépare d’ailleurs un ouvrage issu de ces récits, « ces mémoires de fantômes, de disparitions, de terreurs » scande-t-elle dans une des envolées lyriques qui émaillent sa présentation à la fois émouvante et théâtrale.

Rescapés de la Shoah, victimes du génocide rwandais accompagnent la cohorte des exilés arméniens. Elle égrène de multiples références : Jean-Jacques Moscovitz, Paul Ricœur, Hanna Harendt, Primo Levi… mais aussi ses propres publications. Son verbe est tour à tour flamboyant et hésitant, sa posture oscille entre le repli et la harangue : elle est toute à son sujet, passant de l’emphase à la confidence. La tâche qu’elle s’est fixée est ardue : expliquer comment arriver à dire l’indicible, raconter l’inénarrable.

La première question de la salle vient de Francine, qui souhaite voir l’anthropologue revenir sur l’importance de la langue, essentielle selon elle à la transmission mais aussi vecteur de la création artistique et charnière entre le passé et le présent. La spécialiste abonde dans son sens.
Yves prend la parole à son tour : «Votre présentation m’a touché directement. Mes parents, aujourd’hui décédés, étaient des rescapés de la déportation. Je l’ai su d’abord par ma mère. Mon père avait du mal à aborder le sujet, il ne l’a fait avec nous que beaucoup plus tard. On sentait comme une culpabilité. Dans ma famille, il n’y a eu aucune transmission, ni de la langue, ni de la culture, ni de la religion. Je ne me sens pas lié au judaïsme. Aujourd’hui je suis marié avec une antillaise et mes enfants sont métis. Je remarque qu’il n’existe pas de lieu de recueillement pour dire l’histoire douloureuse des Antilles. A l’exception peut-être du musée de l’immigration de la porte Dorée, dont je ne sais trop que penser. Quel est votre avis ? ».

La question n’est qu’un prétexte au témoignage. L’anthropologue ne s’y trompe pas. Elle évoque brièvement le musée (elle a participé à son comité de pilotage) mais convoque le témoignage et les livres de Charlotte Delbo : « il est impossible de revenir à l’humain après Auschwitz ».
Les dernières questions portent sur la folie qui menace ceux qui ont traversé de telles épreuves, sur l’absence de figures maternelles dans les récits des rescapés arméniens. Alors que la séance se clôt dans une certaine gravité, Marie-Thérèse et d’autres participants témoignent leur enthousiasme à la conférencière : « c’était passionnant ».
Dans l’ascenseur de l’Hôtel du département les discussions se poursuivent. L’exil des rescapés fait douloureusement écho aux histoires personnelles. L’horreur absolue renvoie aussi aux petits drames intimes et familiaux. La question de l’origine, cruciale pour ceux qui n’ont plus ni terre ni mère ni repère, nous taraude tous.

21
fév

CR Atelier Echange sur « la mémoire »

Le 29 Janvier dernier, les dames de l’EIE de Surville se réunissait pour échanger sur la thématique de « la mémoire ». Voici le compte-rendu ‘brut’ de leurs réactions suite à l’intervention du Dr Eva BONDA, Docteur en Neurosciences.

Présents(es) : FatimaS, Marie-Thérèse, Fatma, Sandrine, Simone, Hafida, Rosine, Malika, FrancineT, FatimaB, Sylviane, Messaouda, Noara, Katia et Farid.

Katia : « Elle était ouverte. Elle nous a donné des conseils. Ca m’a fait du bien »

Malika : « Un peu de retard comme d’habitude. Elle nous a expliqué le cerveau. Elle l’a découpé en  hippocampe et hypophyse. C’est comme le cheval. Elle a tout expliqué. Je lui ai demandé : « y’a un tout petit côté rouge », celui qui procure l’émotion. Il paraît qu’il est pareil pour tout le monde. Il n’est pas proportionnel aux émotions »

Sandrine : « Le cerveau fonctionne avec les racines, celles qui dépendant de là où on habite : en Afrique (racines émotives) ou au Canada (racines plus froides)

Malika : « On a les gênes de nos parents ». L’Alzheimer vient des gênes. C’est héréditaire. Ca peut sauter une génération »

Simone : « Y’a plus de risques avec l’âge. Il faut prendre des cours quand on a 50 ans. Il faut travailler la mémoire. A partir de 50 ans : s’obliger à lire, à marcher. Le cerveau retient un minimum au fur et à mesure qu’on vieillit »

Hafida : « Il faut s’obliger à faire des trucs qu’on n’aime pas. Ca m’a donné envie de prendre un livre. Peut-être qu’un jour je vais réussir à lire. Je dis à mes enfants : « Ne faîtes pas comme moi ». J’ai des livres, je les passe aux copains, je ne les lis pas ».

Simone : « Moi non plus, je n’aimais pas lire. J’ai commencé par des romans à l’eau de rose et puis… »

Hafida : « La seule lecture que j’ai faite vraiment est celle du « rat des villes » et  du « rat des champs ». En ne lisant pas, j’ai raté quelque chose »

Fatma : « J’étais dans le coma : quand je me suis réveillée, j’avais perdu la mémoire. Il faut lire. On m’a dit « force toi à lire ». Une dame me lit une histoire et moi je la suis »

Farid : « Le matin, quand on se lève, on est frais, on retient »

Fatma : «  En deux heures, j’ai lu une page en arabe et la deuxième fois, j’ai compris ce que j’ai lu. Pour bien assimiler je relis la même page plusieurs fois (versets du Coran). J’ai commencé jeudi, suite aux conseils de cette dame »

Sandrine : « Il y a la mémoire frontale et visuelle. Une mémoire ancienne qui revient par le cortex. Les Alzheimer ne fonctionnent que par la mémoire ancienne »

Rosine : « Quand on travaille son corps, on travaille sa mémoire »

Farid : « On a oublié quelque chose qui s’est passé il y a vingt ans : une musique, une image, une odeur nous fait basculer vingt ans en arrière »

Malika : « C’est bon de travailler la mémoire avec la musique »

Farid : « En fait, on n’oublie rien. Tout est dans l’inconscient. Ce sont différents objets qui peuvent faire rappeler. On remarque souvent qu’on retient plus ce qui nous a fait du bien et qu’on met de côté ce qui nous a fait du mal »

FatimaB : « Je n’ai pas compris : c’est quoi la dyslexie ? »

Simone : « C’est un problème de langage, de lettres qu’on inverse »

FatimaB s’engage à faire des recherches sur la dyslexie. Elle les rapportera au groupe ensuite.

Fatma : « C’était bien exprimé. J’aimerais bien refaire encore un travail en rapport avec la mémoire. Elle nous a montré des diapos sur la mémoire »

Messaouda : « Elle nous a montré des choses qu’on ne savait pas. Les chimpanzés ont les mêmes neurones que nous. La maladie d’Alzheimer n’est pas héréditaire »

Sandrine : « Maintenant c’est reconnu. Avant on disait que c’était l’âge. Cette maladie n’avait pas de nom »

Messaouda : « La mémoire se soigne avec des médicaments (il freine seulement son évolution, c’est tout). Dans la cuisine, si on utilise toujours la même plante, on n’attrape pas la maladie »

Rosine : « par exemple le curcuma est une épice qui peut  soigner, je recherche quels en sont les propriétés et comment l’utiliser » »

Hafida : « Elle a utilisé un vocabulaire qu’on a compris. Elle a essayé de se faire comprendre de toutes »

Malika : « Elle nous a parlé comme au peuple. Elle nous a considéré au même niveau qu’elle »

Farid : « C’est de la pédagogie : comment transmettre justement au public auquel on s’adresse »

18
fév

A la pêche aux participants

Mercredi, c’est jour de marché aux Champioux, à Argenteuil. L’occasion rêvée pour l’équipe de la maison de quartier du Val-Notre-Dame, épaulée par des animatrices de l’antenne locale des Petits Débrouillards, de recruter des participants pour le programme QSEC.
A cette fin, tous ont mis un chapeau melon et revêtu une pancarte pour interpeller le chaland. On peut y lire l’interrogation suivante : « Faut-il avoir une mémoire de poisson rouge pour être heureux ? »

Dans les allées du marché, les regards suivent, intrigués, les jeunes femmes et Abdel, le seul garçon du groupe. Animateur et animatrices vont à la rencontre des curieux, devancent parfois les questions. « Qu’est-ce que ça vous évoque ? », « Qu’en pensez-vous ? ».
Les réactions, souvent amusées, sont parfois surprenantes. « Moi je mange les têtes des poissons pour avoir de la mémoire » énonce un passant. Une habitante du quartier se récrie au contraire « Mes poissons rouges se souviennent de tout et ils sont très heureux ! ».

La plupart ont tout de même une lecture moins littérale. «Il faut vivre avec ses souvenirs, mêmes s’ils sont douloureux, c’est ce qui forge le caractère, ce qui fonde l’expérience» analyse un trentenaire en jean. «Il ne faut pas tout garder, que le bon, que les souvenirs de jeunesse» conseille un octogénaire. Revêtu de son gilet jaune aux couleurs de la CGT-Retraites, un militant interrompt sa distribution de tracts pour se joindre à la discussion : «C’est important la mémoire, d’ailleurs nous transmettons l’histoire du syndicat aux nouveaux adhérents». Puis il évoque son père de 92 ans, qui se souvient de tout.

Les échanges prennent souvent un tour personnel : «Allez la vieille, il y a pire que toi. Je me dis ça chaque matin en me levant. Sinon comment voulez-vous que je m’en sorte avec tous les médicaments que je prends, pour le cerveau, pour la dépression»… «30 ans en arrière on était plus heureux », «quand on est vieux on se souvient de sa jeunesse par cœur mais pas de ce qu’on a mangé à midi », «il faut avoir des souvenirs pour se rappeler des belles choses»…

La parole se libère, des échanges prennent place. A un homme d’une soixantaine d’années qui déclare que pour être heureux il faut savoir oublier, une jeune femme, la vingtaine, réplique : « si on oublie le malheur, comment se souvenir du bonheur ? ». Chaque échange permet aux animatrices de convier les passants à une réunion, le samedi suivant à la maison de quartier et de présenter le dispositif QSEC. Quelques unes des phrases exprimées sont affichées dans le marché.

Les commerçants, d’abord méfiants, se prennent aussi au jeu. « Ça fait plaisir de voir des actions comme ça dans un quartier défavorisé » confie le fleuriste.
Le plaisir est partagé. En regagnant la maison de quartier, après deux heures dans les allées du marché, l’animateur comme les animatrices sont enthousiastes. « Génial ». « J’adore ». « A refaire ».
Reste à savoir si la parole libérée ce jour continuera d’éclore au sein d’un groupe. Verdict samedi 09 février…

07
fév

Conférence de Jean-Philippe Lachaux

Jean-Philippe Lachaux, neurobiologiste, chercheur en neurosciences cognitives, directeur de recherche CNRS, et auteur du livre « Le cerveau attentif » a tenu une conférence lors de la réunion du groupe QSEC de l’ Université du Temps Libre d’Evry.

Au sommaire : les liens entre l’attention et le cerveau.

La conférence:

Les questions-réponses :

25
jan

Confidences au centre social

Saison après saison le groupe QSEC du centre social de Montereau ne cesse de s’étoffer. Près d’une vingtaine de participants (essentiellement des femmes), parmi lesquels quelques pensionnaires du foyer Bellefeuille, accueillent Éva Bonda, psychologue clinicienne et docteur en neurosciences, venue leur parler du fonctionnement de la mémoire.

Après avoir brièvement évoqué son parcours professionnel : 15 années de travaux sur la mémoire à Montréal, en Californie, au Missouri, à Londres et à Paris, la spécialiste rentre dans le vif du sujet. Son propos est largement illustré par de superbes images de synthèses, représentations multicolores des différentes aires du cerveau stimulées par l’exécution de tâches spécifiques. On découvre l’hippocampe, siège de la mémoire et l’amygdale, responsable des émotions. Les cartes, les schémas, les modélisations en 3D défilent. Souvent complexes, ils sont servis par un propos adapté aux plus profanes. Eva invoque les réseaux routiers, les axes ferroviaires pour décrire le système neuronal et les connexions synaptiques et invite son auditoire à l’interrompre à loisir. Celui-ci ne se fait pas prier.

Les premières questions portent sur le développement cérébral, l’ancienneté des souvenirs, la capacité de stockage de notre mémoire ou encore sur la matière même dont est constitué notre cerveau. Rapidement un dialogue nourri s’installe entre la salle et la psychologue. Au cœur de cet échange : la maladie d’Alzheimer et les troubles de la mémoire. Les questions sont souvent intimes et douloureuses.

Francine évoque sa mère, atteinte de cette maladie, puis sa fille de sept ans atteinte de trisomie 21 et se demande s’il y a un lien. Valérie décrit sa vie avec un compagnon qui souffre d’une atteinte du lobe frontal l’empêchant d’accomplir les gestes simples du quotidien. Malika parle de son frère épileptique dont les crises s’accompagnent d’amnésie. Fatima demande comment venir en aide à son fils de 17 ans en échec scolaire. Fatna raconte comment elle peine à récupérer de cinq jours de coma dus à une opération du cœur survenue il y a presque vingt ans. Messaouda, pour qui ces maladies semblaient moins présentes autrefois, relate la situation de sa nièce, en Algérie, dont les retards mentaux ne sont pas pris en charge. Dominique, le photographe qui documente le parcours du groupe, mentionne le cas de sa jeune apprentie, dyslexique et incapable de mémoriser un protocole ou une consigne. Afida demande comment prévenir les pertes de mémoire…

La psychologue répond à tous au mieux de ses capacités, rassurant ici, conseillant là, rebondissant sur les questions pour mieux décrire l’importance de la mémoire dans le fonctionnement du cerveau et le caractère génétique de certaines pathologies. La séance atteint son apex lorsqu’elle propose des tests psychologiques. Les pensionnaires du foyer Bellefeuille se portent immédiatement volontaires.

Odette se tire remarquablement bien d’un exercice de dépistage de la maladie d’Alzheimer dans lequel il faut mémoriser un parcours sur des cubes. Madeleine, qui va sur ses 88 ans, insiste pour faire toute une batterie d’examens : « mes enfants me répètent sans cesse que je perds la tête et je ne me souviens pas toujours où je range mes affaires« . Eva Bonda sort alors un questionnaire et teste l’octogénaire. « Quel jour sommes nous?« , « Qui est le président de la République actuel ? » « Quel est le nom de jeune fille de votre mère ?« … Les questions se succèdent, assorties d’exercices : mémoriser et répéter une séquence de mots, réciter des listes à l’envers, effectuer des opérations mathématiques simples… Score final : 13/14. Le verdict de la psychologue est sans appel : « C’est une performance largement supérieure à la moyenne« . Madeleine est enfin rassurée.

Alors que la séance est close, les participantes se pressent autour de la clinicienne pour recueillir un dernier conseil, échanger des adresses mail ou simplement la remercier.
Mon hippocampe gardera longtemps en mémoire cette séance émouvante.

21
jan

Un échange fructueux autour de la mémoire


Le groupe QSEC du collège Chantemerle de Corbeil-Essonnes se réunit hors du temps scolaire, le mercredi après-midi, dans le centre de documentation et d’information (CDI) de l’établissement. Il ne réunit que des volontaires, élèves et professeurs. Pour sa première séance, le groupe est plutôt restreint : quatre élèves de cinquième (Ana, Lola, Laetitia et une autre Ana) et trois enseignants (Xavier, Magalie et Céline). Le proviseur m’assure cependant que les effectifs vont rapidement s’étoffer. Mais à voir la qualité du débat engagé lors de cette première séance, je ne suis pas inquiet.

Cécile Priou, qui anime la séance pour Planète Sciences, demande aux participants de lui indiquer ce qu’évoque pour eux la thématique de la mémoire. Lola, 13 ans, ouvre le débat. Elle commence par énumérer trois principaux thèmes : l’Histoire, les ordinateurs et les maladies neurologiques. Puis elle mentionne un roman, Le Passeur, qui décrit une communauté dans laquelle un seul individu se souvient du passé. Pour Ana, la mémoire c’est retenir et penser, et cela renvoie autant au cerveau humain qu’aux disques durs des ordinateurs. Une analyse que partage largement Laetitia. Enfin la deuxième Ana mentionne les images comme support du souvenir. Leur tour venu les trois enseignants ont devant eux un terrain largement défriché. Pour Céline, professeur de lettres, la mémoire a des buts (ne pas oublier, témoigner, se remémorer), des moyens (les journaux, les tableaux, les musées, les monuments) et renvoie à des questionnements : « ce que je suis, d’où je viens, le temps qui passe… ».
Magalie, documentaliste, commence par distinguer mémoire à court terme et mémoire à long terme, et s’interroge sur la fiabilité de la mémoire, son stockage, sa préservation, sa transmission et évoque à son tour les nouvelles technologies comme les maladies du cerveau de type Alzheimer. Enfin Xavier, professeur de technologie, synthétise sa pensée en cinq mots : échange, stockage, transmission, apprentissage, restitution.

Cécile note toutes ces contributions sur de grandes feuilles qu’elle affiche ensuite sur les fenêtres de la salle. L’échange s’engage. Autour de la question de la hierarchisation de la mémoire, de l’importance qu’on va accorder aux données à conserver, Xavier interpelle les jeunes élèves : « quand j’étais en sixième je connaissais par cœur au moins vingt numéro de téléphone. Combien en connaissez-vous ? ». « Un seul » répliquent-t-elles en cœur, celui de leur portable dont la mémoire numérique en contient des centaines. Céline, en défenseuse des humanités, se défie des nouvelles technologies. Xavier prend des notes sur sa tablette. Lola abonde dans le sens de l’enseignante : « Sur Wikipédia on peut mettre ce qu’on veut alors que dans les livres, c’est vérifié ». Ana rappelle que les histoires, les contes sont des outils ancestraux de transmission de la mémoire.

Le temps vient d’articuler une problématique, un thème de réflexion sur lequel le groupe travaillera toute l’année. Les adultes suggèrent un énoncé : « Comment pouvons-nous nous fier aux informations au travers des nouvelles technologies pour apprendre et transmettre aux générations futures ? ». Les générations futures en question n’ont pas l’air convaincues. « Nous aussi on peut vous apprendre des choses » remarque Ana, douze ans. Et elle évoque le cas d’une enseignante de sixième qu’elle a initié, l’année dernière, au maniement des ordinateurs… On supprime donc la mention aux générations futures. Puis celle aux nouvelles technologies, trop réductrice. Le thème retenu est finalement : « Comment pouvons-nous nous fier aux informations mémorielles pour apprendre et transmettre ? ».
Comme il reste un peu de temps Cécile propose aux participants de chercher, sur les ordinateurs du CDI, l’intervenant qu’ils pourraient rencontrer pour évoquer le fonctionnement du cerveau.

Les élèves foncent sur Google, ouvrent de multiples onglets, parcourent à toute allure des dizaines de pages, multiplient les sites. Des plus sérieux : Cnrs, inserm, aviesan, ile-de-France, aux plus inattendus : gurumed, ou épistémocritique.

La recherche de leurs ainés est plus laborieuse, ceux-ci préférant naviguer en terrain connu. Sur sa tablette connectée en wifi, Xavier aboutit sur le site de l’Onisep. De leur côté, Magalie et Céline optent pour des recherches locales : banque des savoirs, site du conseil général de l’Essonne puis finissent par échouer sur les pages un peu austères de l’INRIA et du CEA.
Finalement les juniors vont au plus simple et trouvent des interlocuteurs sur QSEC et son blog en examinant les activités des autres groupes.

La séance du jour n’aura pas simplement permis de se fixer un programme et un calendrier de travail. Elle aura aussi démontré que le savoir est partout, autant chez les professeurs que chez les élèves, et que tous gagnent à abolir, le temps d’une séance, les hiérarchies et les distances.

13
jan

Université de Paris : sous le signe de Beckett


« L’homme qui a une bonne mémoire ne se souvient de rien parce qu’il n’oublie rien. Sa mémoire est uniforme, routinière. Tout à la fois condition et fonction de l’habitude sans faille, elle est un instrument de référence au lieu d’être un instrument de découverte » écrit Samuel Beckett dans Proust.

Dans la salle de l’Ecole Normale Supérieure qui porte son nom, le prix Nobel de littérature semble, sur son portrait photographique affiché sur un mur, sourire ironiquement tout au long de la séance qui occupe aujourd’hui le groupe QSEC constitué par les auditeurs de l’Université permanente de Paris.
Cette quinzaine de retraités avides de connaissances se sont en effet réunis pour écouter Cyrille Vaillend, chercheur en neurosciences de Paris-Sud, leur décrire les mécanismes du cerveau permettant l’apprentissage et la formation du souvenir.
En évoquant des expériences sur des souris génétiquement modifiées afin de présenter des retards mentaux, il fait plonger son auditoire dans les méandres de notre matière grise, dans des forêts de synapses, des réseaux de neurones… Il explique comment notre cerveau se réorganise constamment afin de stocker des informations (et aussi de les oublier). L’auditoire est suspendu à ses lèvres d’autant que l’exposé du chercheur est clair, illustré d’exemples précis et émaillé d’humour.

Giovanna ouvre le bal des questions. « Avez-vous des conseils pratiques à nous donner pour travailler sa mémoire ? » Cette jeune retraitée précise le fond de sa pensée : « Depuis que j’ai arrêté de travailler, j’ai l’impression que mon cerveau s’est endormi… ». Les conseils du chercheur sont de simple bon sens : rester actif intellectuellement, faire des choses diverses et variés, bref faire travailler son cerveau. Je ne peux m’empêcher de penser que la simple participation de Giovanna à un groupe de réflexion QSEC est certainement un gage de bonne santé intellectuelle !
Une autre participante s’inquiète du rôle des rêves dans l’activité cérébrale et la constitution de la mémoire. Le spécialiste indique que notre cerveau est presque aussi actif en période de sommeil paradoxal que pendant l’éveil, et que cette phase est vraisemblablement très importante.
Michelle demande ensuite si, quand on a l’impression que son cerveau est vide, il vaut mieux insister ou simplement se reposer. Se reposer repond avec un sourire le chercheur. Elisabeth, quand à elle, revient sur la neurogénèse : « vous avez indiqué qu’il naissait, en moyenne, 10 000 neurones par jour chez l’adulte, est-ce tout au long de la vie ? Y-a-t-il une évolution ? » Le chercheur avoue ne pas être en mesure de répondre. Jacques évoque pour sa part les cultures in vitro de neurones et demande des précisions sur les signaux électriques utilisés pour stimuler les synapses. La réponse est précise et décrit les impulsions à hautes ou basses fréquences employées en fonction des résultats escomptés. Jean-Marie, plus pragmatique, s’inquiète du possible effet sur le cerveau d’une boisson caféinée prise avant d’aller se coucher… Une auditrice demande des précisions sur le rôle joué par les cellules gliales du cerveau et leurs interactions avec les neurones. Un autre s’interroge sur les effets de la méditation sur les ondes, alpha ou bêta. Jacques invoque les effets de la prière sur la santé. Je ne peux m’empêcher de participer au débat en demandant des précisions sur l’amnésie infantile : « pourquoi ne se souvient-on généralement pas des événements survenus avant l’âge de trois ans, période où la production de synapses est particulièrement intense ? ». Sans doute, répond Cyrille Vaillend, parce qu’à cet âge là le cerveau procède à un gros remaniement, à une réorganisation générale.

La séance se clôture sous des applaudissements nourris. Tandis que nos étudiants retraités se lèvent et vont, pour certains, féliciter le scientifique invité, je jette un dernier regard au portrait de Beckett. Il sourit toujours.
Les vers d’un de ses poèmes se mettent à résonner en moi :

« que ferais-je sans ce monde sans visage sans questions

où être ne dure qu’un instant où chaque instant

verse dans le vide dans l’oubli d’avoir été […] »

19
déc

Conférence de Pascale Gisquet à l’ Université du Temps Libre

Mardi 11 décembre Pascale Gisquet est intervenue à l’Université du Temps Libre à Evry dans le cadre d’une réunion QSEC.

Pascale Gisquet est une neuroscientifique, directrice de recherche au CNRS, elles est l’auteure de plusieurs ouvrages et conférence sur la thématique de la mémoire

Retrouvez sa conférence et la séance de questions-réponses ci-dessous.

La conférence :

La séance des questions – réponses: