Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
01
juin

Le travail au Conseil Général

Delphine, Sabo, Pascale, Brigitte, Corinne, Christian, Mehdi, Fernanda, Linda, Stéphane, Denis… tous sont des agents du conseil général du Val de Marne, issus des services de la culture, de l’action sociale, des loisirs, de l’art, des sports, de la direction des systèmes de l’information ou encore de la mission d’insertion des jeunes. Tous ont réfléchi ensemble sur les usages et les représentations de l’argent et s’atnt aujourd’hui à la question épineuse des relations entre l’argent et le travail

Pour les aider dans leur réflexion, ils ont convié, avec l’aide d’ASTS, Yves Baunay, professeur d’économie à la retraite et ancien responsable syndical qui anime un chantier sur le travail au sein de l’institut de recherche de la FSU.
Plutôt que de leur faire un exposé magistral, il demande simplement aux employés du CG94 comment ils vivent leur propre travail.

Linda ouvre le débat en évoquant les témoignages d’agents de Pôle Emploi que leur a fait passer Yves Baunay pour préparer la séance. « Il n’y est question que de souffrance au travail » relève-t-elle. Denis va plus loin, et, invoquant l’étymologie, se demande si le « travail » ne renvoie pas finalement à une obligation, voire à l’esclavage. Fernanda tempère aussitôt le propos : « je ne travaille pas que pour de l’argent mais aussi pour apprendre, pour me sentir bien ». Pascale souligne que si la situation des agents du Conseil Général ne peut se comparer à ce que vivent ceux de Pôle Emploi « il existe aussi une politique de réduction des moyens financiers qui aboutit à un sentiment de perte de sens. La contrainte économique permanente est déprimante ». Stéphane souligne qu’il y a eu un changement brusque de culture au sein même du Conseil Général, un virage rapide assez déstabilisant. Mehdi approuve et en rapprochant ses 10 ans d’expérience dans le privé de ses nouvelles fonctions dans le public, parle du choc de deux mondes. Denis insiste : le travail est une pénitence, il préfère parler d’activités et se lance dans un long discours sur l’épanouissement. Christian interroge : « le travail c’est un besoin ou une nécessité ? Est-ce qu’on sait encore pourquoi on travaille ? ». Corinne déplore que l’on parle souvent, dans les médias, du coût du travail en négligeant de préciser qu’il est d’abord une richesse. Pour elle « le travail devrait être une source de créativité ».

Le débat est lancé. Par deux fois Yves Baunay intervient, pour synthétiser, recadrer, lancer de nouvelles pistes. Mais la parole reste dans la salle. Valeurs marchandes contre valeurs humaines, instruments de mesure contre épanouissement personnel… on évoque bien sûr les salaires, mais aussi le temps de travail : badgeuse et 35 heures déchainent des passions et divisent la salle. On parle santé, esprit d’équipe, compétition, objectifs, reconnaissance, mérite, organisation, qualité… Le débat pourrait durer la journée entière. Mais finalement tous sont d’accord pour dire qu’il ne faut pas que l’argent domine le travail, que le travail ne soit défini que par des valeurs comptables.
Yves Baunay conclut en remarquant que ce qui manque le plus à notre société c’est un débat sur les critères de la qualité du travail : « mais il y a du travail pour mettre le travail sur la table ».
C’est pourtant ce qu’ont fait aujourd’hui les agents du Conseil Général.