Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
24
juin

Le débat de clôture

Lycéens du 93, retraités d’Evry, stagiaires des écoles de la seconde chance de Magnanville, des Mureaux ou de Rosny-sous-Bois, agents du conseil général du Val de Marne, membres du café débat de Saint-Quentin-en-Yvelines, groupe de mamans de Brunoy ou de femmes d’Achères, élèves du lycée agricole de Brie-Conte-Robert, représentantes du SEL de Noiseau… ils sont plus de 200, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, réunis dans l’hémicycle du Conseil Général d’Ile-de-France pour la séance de clôture de la saison 2011-2012 de QSEC.

A l’heure du bilan, quelques chiffres s’imposent : cette année, les huit départements de l’Ile-de-France ont été représentés par près de 1300 participants qui, au sein de 68 groupes de citoyens, ont rencontrés 200 spécialistes lors de plus de 500 séances de réflexion et de débats autour de l’argent. Leur réflexion a abouti sur la formulation de convictions, 168 en tout, synthétisées en 31 postulats sur lesquels l’ensemble de ces participants a été amené à voter. Ces 31 postulats se répartissent en 4 thématiques :
-le système financier
-richesses et inégalités
-la monnaie
-les alternatives

Bao Nguyen-Hui et Nicolas Blémus

Après une brève présentation par Nicolas Blémus et une allocution de Bao Nguyen-Huy, délégué régional à la Recherche et à la Technologie d’Ile-de-France, Paul de Brem, qui anime la séance propose à l’assistance « d’escalader l’Everest par la face nord » et de débattre du système financier.
M. Delos, du groupe Chrétiens en monde rural, rappelle quelques chiffres qui l’ont marqué : la part « réelle » de notre économie n’est que de 5%, tout le reste n’est que finance spéculative. Sa conclusion est claire : « il faut réguler les marchés ». Cet appel à la régulation est largement repris et partagé, que ce soit par le groupe des jeunes de Seine Saint-Denis, par Philippe Dehay qui enseigne l’économie et la gestion ou encore par Magdeleine du groupe de Poissy qui souhaite remettre la monnaie dans les programmes scolaires. Jean-Pierre, du café-débat de Saint Quentin fait observer que les Etats sont cependant les premiers à violer leurs réglementations. Marc Lenglet, enseignant à l’European Business School de Paris et ancien déontologue auprès d’organismes financiers, témoigne à son tour. Son intervention, saluée par des applaudissements, rend compte de la complexité de la finance et de la difficulté à appliquer les règles pourtant nombreuses qui encadrent ce secteur.

Paul de Brem invite la salle a échanger autour du deuxième thème : richesse et inégalités. La discussion ne tourne finalement qu’autour de la société de consommation et ses sollicitations. Les mamans de Brunoy ou de Meaux parlent de leurs enfants, les élèves du lycée Newton de Clichy ou du lycée agricole de Brie-Conte-Robert évoquent leur propre apprentissage de la valeur de l’argent. Pour le groupe d’ATD Quart Monde du Val d’Oise « l’argent est une valeur morale, il faut enseigner très tôt à associer travail et argent ». Une représentante du centre de loisir d’Argenteuil abonde dans ce sens : à travers des jeux de rôle, les enfants du centre ont compris les contraintes des adultes et réalisé qu’on ne pouvait pas dépenser sans compter

Les thématiques de la monnaie et des alternatives à celle-ci suscitent elles aussi de nombreuses interventions. Jean-Claude, du réseau d’échange réciproque de savoirs de Seine-et-Marne, distingue échange et achat. Un membre du groupe d’Andrésy fait observer que la monnaie est libératrice car l’acte d’achat ne rend pas redevable. Pour Rosine, du groupe Echange Idée Entraide de Montereau « seuls les échanges, et non la monnaie, créent du lien ». Francis Dupuy, anthropologue, lui donne raison : « la monnaie n’a de valeur que dans la relation dans laquelle elle agit et le système dans lequel elle opère » résume-t-il.

Toute aussi vivante, la discussion sur les systèmes alternatifs et les monnaies complémentaires nous entraine au Brésil où on compte en Palmas, nous plonge au cœur des SEL, transite par la Suisse et ses Wir parallèles, passe par l’Allemagne et son Chiemgauer avant de revenir en France, très précisément à Nanterre où le groupe Agora a imprimé une monnaie à l’occasion d’une « trocante », pour faciliter les échanges d’objets.

Après une synthèse par Eve Chiapello, professeure à HEC, la séance prend fin avec le court discours d’Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle insiste sur l’importance du projet QSEC pour la région qui y consacre un budget de 4 millions sur 5 ans, « pour mettre en place les conditions d’un dialogue entre chercheurs, citoyens et élus ». Et conclut en annonçant le thème de l’année prochaine : « la mémoire ».

Eve Chiappelo et Isabelle This Saint-Jean

Le cocktail qui suit le débat est l’occasion pour tous les participants de poursuivre leurs échanges. Ici l’Essonne se rapproche des Yvelines, là les Hauts-de-Seine discutent avec la Seine Saint-Denis tandis que Val-d’Oise et Val-de-Marne échangent leurs points de vue.
Je capte au vol quelques bribes : « neurosciences… transmission… Histoire… lois mémorielles… » La quatrième saison de QSEC est déjà en marche !

Crédits photos : © Guillaume Lebrun

12
jan

Meilleurs voeux 2012

Toute l’équipe de QSEC vous souhaite une excellente année 2012…

Carte de voeux 2012 from QSEC on Vimeo.

09
déc

La 3ème saison QSEC officiellement lancée

Alors que sur le terrain, les groupes se sont déjà mis à l’ouvrage et comptent pour certains plus d’une réunion à leur actif, la troisième saison du dispositif QSEC a eu droit le 5 décembre dernier à son lancement officiel, à Paris, à l’Hémicycle du Conseil Général d’Ile-de-France, dans le 7ème arrondissement.

Lundi 5 décembre, 10h du matin, dans la petite salle Pascal Sternberg l’ambiance est plutôt joviale et chaleureuse. Sur une petite table, thermos de café et jus d’orange équitable accueillent les premiers arrivants. Nicolas Blémus, coordinateur régional de l’initiative, souhaite la bienvenue à l’assistance, retrace les grandes lignes de la troisième saison de QSEC (la thématique, le dispositif, les partenaires départementaux…) et présente les intervenants du jour.

En tant que Vice-Présidente du Conseil Général d’Île-de-France, Isabelle This Saint-Jean est la première à prendre la parole pour rappeler la place essentielle que prennent la recherche et l’enseignement en région IDF et sa volonté de « recréer le dialogue entre trois pôles qui n’auraient jamais dû être séparés : les citoyens, les scientifiques et les politiques », soulignant l’importance de la connaissance dans la société et rappelant enfin que beaucoup de décisions politiques se font après consultation de scientifiques. Juste après elle, Bao Nguyen-Hui, délégué régional à la Recherche et à la Technologie d’Île-de-France, s’est quant à lui déclaré « impressionné par la qualité et l’ampleur des travaux réalisés lors de la saison 2″ (350 séances réparties sur 52 groupes citoyens) et a salué tout particulièrement la préparation en amont et la structuration des échanges, sans qui des thèmes aussi vastes que l’Alimentation (saison 2) ou l’Argent (saison 3) seraient restés des concepts trop vagues.

Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente du Conseil régional d'Ile-de-France et Bao Nguyen-Hui délégué régional à la recherche et à la technologie d'Ile-de-France (DRRT).

Après les politiques, place aux académiques : Jérôme Blanc, économiste, et Philippe Steiner, sociologue, sont invités à appréhender la thématique de l’argent par le prisme de leurs disciplines respectives. Orateurs rompus à l’exercice de la vulgarisation, les deux experts vont défricher – en une vingtaine de minutes chacun – plusieurs concepts basiques et ébaucher quelques grands angles d’approche.

Philippe Steiner, professeur de sociologie à l'université Paris IV et Jérôme Blanc, économiste, maître de conférences à l'Université Lyon 2, membre du comité scientifique de QSEC

« Je suis de formation économiste, mais je me soigne », commencera Jérôme Blanc pour mieux caricaturer la vision clinique et utilitariste qu’ont les économistes de la monnaie comme simple auxiliaire d’échange, totalement dénuée de toute notion humaine. Une introduction qui lui permet de dériver sur des courants comme la sociologie et l’économie institutionnelle qui, elles, replacent le facteur humain dans la problématique : si la monnaie est neutre, l’argent est en revanche la monnaie dans la société. Il fera d’ailleurs un parallèle avec les cinq sens (l’argent a métaphoriquement une odeur, un goût, un son, une couleur, un toucher…) pour illustrer l’épaisseur sociale que ces disciplines injectent au concept économique originel de monnaie. En conclusion, il posera la question des « valeurs », celles « qui font que les hommes et les femmes construisent ensemble une société pacifiée et équitable », et la valeur relative de l’argent dans cette vision plus large (« la richesse n’est pas forcément qu’une somme de monnaie ») avant d’évoquer le besoin impérieux d’un savoir populaire, non expert, sur l’argent, la manière dont il est employé et dont il est perçu, etc. Un des grands axes de réflexion qui sera justement développé par certains groupes QSEC tout au long de l’année.

Professeur de Sociologie à Paris IV, Philippe Steiner abordera quant à lui l’argent sous l’angle de sa répartition dans la société et des inégalités que ça suppose. Il s’est basé pour cela sur une enquête de son laboratoire, « Les Français face à l’inégalité », réalisée en 2011, où il a été demandé à un large panel de citoyens quel était selon eux le salaire moyen d’un postier, d’un instituteur, d’un médecin, d’un ministre, etc. Si pour ces métiers « usuels » les réponses moyennes sont plutôt justes (10 à 14% de marge d’erreur), les enquêteurs ont noté que les très hauts salaires étaient en revanche très mal connus (de 300 à 500% de marge d’erreur pour les grands patrons, 200% pour un footballeur…). En un mot, Philippe Steiner conclut que l’inégalité est très largement sous-estimée. Entre autres chiffres révélateurs, les sondés estimaient que le salaire moyen à partir duquel on vit « à l’aise » est 8000€, ce qui ne manquera pas de faire sourire dans la salle. Impossible de ne pas évoquer aussi le mouvement des Indignés contre les fameux 1% détenant 99% des richesses, qui servira au professeur à nous mettre en garde contre la rupture de l’égalité symbolique de Tocqueville (l’impression que riches et pauvres appartiennent malgré leurs différences à un même monde, une même nation). Après avoir établi qu’une société très inégalitaire produisait des phénomènes sociaux très marqués (grossesses adolescentes, taux d’obésité fort, consommation de drogues…), Steiner conclura que l’inégalité est une forme de pollution sociale.

Deux approches parallèles et plutôt complémentaires dont on retrouvera certainement les échos (parfois dissonants) sur le terrain lors des échanges dans les groupes QSEC…


Retrouvez l’intégralité des interventions ci-dessous :

7’00 : Le discours d’ Isabelle This Saint-Jean, Vice-Présidente du Conseil Général d’Île-de-France.
18’00 : Prise de parole de Bao Nguyen-Hui, délégué régional à la recherche et à la technologie.
24’30 : Intervention de Jérôme Blanc, économiste, maître de conférences à l’Université Lyon 2, membre du comité scientifique de QSEC.
45’00 : Intervention de Philippe Steiner, professeur de sociologie à l’ Université Paris IV.

Conférence de presse QSEC, saison 3 by qsec2012

21
nov

QSEC en Seine-et-Marne


A elle-seule la Seine-et-Marne représente, en superficie, près de la moitié de l’Ile-de-France. Quand on sait en outre que son territoire est majoritairement agricole et que 75% des communes qui le constituent ont moins de 2000 habitants, on mesure la gageure à relever pour Sophie Ferté et Marie-Christine Garnot, chargées, pour Terre Avenir, de constituer les groupes QSEC dans ce département.

«Nous travaillons à deux, explique Marie-Christine. Nous recherchons ensemble des groupes, les plus divers possible, sur tout le territoire. Ensuite nous nous les répartissons de manière équilibrée. Nous avons reconduits certains des groupes de l’année dernière et en avons constitué de nouveaux. Les groupes qui entament une deuxième saison, sont dans une vraie dynamique qui permet de gagner du temps et de construire les parcours de façon plus volontaire ». Le changement de thématique a nécessairement conduit à certaines transformations. Ainsi, les groupes de lycéens ont été renouvelés : « on quitte les classes de SVT au profit des cours d’Histoire ou d’Economie » note la chargée de projet.

La dizaine de groupes en cours de constitution témoigne de la diversité du département : un groupe de femmes issues du café alternatif de Montereau , des jeunes de Provins en recherche d’emploi, des retraités chrétiens du monde agricole, une association de développement durable de Melun, 15 membres du café philo de Beauchery-Saint-Martin, une commune rurale de 400 habitants…

«L’offre de rencontres, de débats, de visites, de conférences est assez peu fournie dans le département, du coup nous bénéficions d’emblée d’une écoute attentive et positive à nos propositions. En général il y a une vraie attente, une grande curiosité, qui facilite notre travail».
Le revers de la médaille ? Des difficultés logistiques. « Il est difficile de trouver des intervenants locaux ou de faire se déplacer les experts dans nos campagnes. Du coup c’est généralement nous qui allons à eux, quitte à rassembler plusieurs groupes dans un bus » raconte Marie-Christine.

Et si on parlait d’argent ?
« Le thème de cette nouvelle saison a été bien accueilli. Il faut dire qu’il est porté par l’actualité. Mais je pense que les groupes vont s’atteler davantage aux aspects sociétaux, par exemple l’argent et le pouvoir ou les relations humaines, plutôt qu’aux questions purement économiques ou financières. Cette année nous allons essayer de leur faire formuler une question dès le début de leur parcours. Ce sera plus facile pour chercher la diversité des points de vue, contraindre à l’échange, provoquer le débat » note Marie-Christine qui avoue aimer apporter la contradiction.

Enfin dernier atout pour les coordinatrices de Seine-et-Marne : le travail en binôme. « Nous travaillons l’une en face de l’autre dans notre petit bureau à Provins, et échangeons donc en permanence » relèvent-elles. «Echanger permet de rebondir d’idée en idée. D’ailleurs, les rencontres et les discussions avec les coordinateurs des autres départements sont également sources d’inspiration ».

10
nov

Essonne : naissance d’un groupe QSEC

La salle 105 de l’université de sciences sociales et gestion d’Evry accueille, ce 8 novembre 2011, des élèves de l’Université du temps libre. Intrigués par une présentation que leur a faite Karine Clessienne dans leur grand amphithéâtre, ces hommes et ces femmes avides de connaissances sont venus se frotter de plus près à la troisième saison QSEC. Et constituer ainsi un groupe de réflexion.

Accompagnée par Emilia Mencier, Karine Clessienne qui coordonne en Essonne le programme QSEC pour Planète Sciences Ile-de-France présente rapidement le sujet de cette année : l’argent. « On va parler de la dette » lui lance un des participants. « Si vous le souhaitez » lui répond-elle aussitôt. Car c’est au groupe de déterminer les thématiques sur lesquelles il souhaite travailler. Michel prend à son tour la parole pour expliquer aux nouveaux venus ce qui l’a amené, lui, à s’intéresser à QSEC dès la première saison: « Rencontrer des experts, des spécialistes m’a permis d’affiner ma compréhension des sujets traités. J’ai ainsi pu visiter les laboratoires du CEA ou encore m’initier à la cuisine moléculaire. C’est très sympa et riche en découvertes ».

Après ce témoignage, les huit personnes, trois femmes et cinq hommes, tous étudiants de l’UTL, décident de se constituer en groupe. Le premier objectif de la réunion de ce jour est ainsi atteint en quelques minutes.
Mais déjà les premières difficultés surviennent : trouver des dates de réunion qui conviennent à tous les participants. Entre les vacances d’Angèle-Josette, les rendez-vous chez le dentiste de Michel, les conférences à Epinay de François, il est difficile de synchroniser les agendas. Chacun y va de son petit empêchement, aucune date ne semble convenir à tous. Michel tente un passage en force : « on fixe des dates, puis s’il faut, on les modifiera ». Un calendrier est finalement adopté, un mardi par mois, de décembre à avril. Karine et Emilia, qui devront trouver les intervenants pour les séances, apprécient.


Dernier objectif du jour : choisir une thématique précise. Parler d’argent certes, mais sous quel angle ? Comment aborder le sujet?
Karine distribue une liste de suggestions élaborées par le comité scientifique et procède aussitôt à un tour de table.

Simone se lance et évoque d’une part la gestion des comptes publiques et d’autre part les rapports entre l’argent et la morale. Angèle-Josette la rejoint sur cette deuxième proposition. Michel se demande à partir de quand l’argent devient indécent, c’est-à-dire à partir de combien on gagne trop. Pierre se questionne sur l’articulation entre argent, richesse et bonheur : « on a tout traduit en argent, mais si on poursuit le bonheur, il y a peut-être un autre moyen d’en rendre compte, pourquoi faire passer le bonheur par l’argent au détriment des vrais richesses ? ».
Madeleine tente une autre approche, personnalisant l’argent : « je veux savoir où et quand il est né, connaître son enfance, son adolescence, son passage à l’âge adulte. Où en-est-il aujourd’hui ? Où en est-on ? ».
Pour François, l’enjeu serait plutôt la répartition des richesses tandis que Claude souhaite traiter de l’argent virtuel : « des ordinateurs font aujourd’hui des milliers de transaction à la seconde, qui maîtrise ça ? A qui ça sert ? A quoi ça sert ? »
Enfin Gérard évoque l’argent et le bonheur, l’argent et l’effort et se demande si finalement il est possible de parler de ce sujet sans exprimer ses convictions, morales, politiques ou religieuses…

Le tour de table achevé d’autres idées fusent : comment vit-on la soudaine fortune ? L’argent nuit-il a la démocratie ? L’argent a-t-il changé de main ? Mène-t-il le monde ? On évoque l’impuissance des politiques devant les financiers, la crise, les élections à venir, le pouvoir, la finance internationale, les anciennes républiques soviétiques… Des conversations particulières s’installent dans une joyeuse cacophonie jusqu’à ce qu’Angèle-Josette rappelle tout le monde à l’ordre : « le sujet c’est quand même le pognon ! ».

Finalement, on s’entendra pour reprendre telle quelle une des propositions du document du comité scientifique visant à définir la richesse. Ne reste plus qu’à trouver un intervenant capable d’apporter un éclairage à la fois économique, historique et philosophique pour la prochaine séance. Claude suggère alors… un botaniste célèbre, en mesure, selon lui, de traiter le sujet de manière inattendue! Sans se démonter ou se départir de son léger sourire, Karine note scrupuleusement sa proposition. « Il pourrait toutefois être plus avisé de le faire venir en fin de parcours, quand nous souhaiterons élargir le sujet » propose-t-elle.
L’assemblée adopte cette ultime recommandation avant de lever la séance.

02
nov

Mobilisation générale !


Anna Mezey
a transformé son bureau en poste de commandement. Depuis les locaux de F93 à Montreuil, elle a décrété la mobilisation générale en Seine-Saint Denis. Elle multiplie les appels aux citoyens et aux associations qu’elle invite à participer à la troisième saison du projet QSEC. Volontaires de tout le neuf-trois engagez-vous !

La jeune femme en est à sa deuxième saison. Mais au lieu de simplement reconduire les groupes avec lesquels elle a déjà travaillé, elle a opté pour le renouvellement complet des troupes.

«C’est toujours plus intéressant d’élargir, d’aller vers des structures ou des villes avec lesquelles nous n’avons pas l’habitude de travailler. Cela nous permet d’étendre la participation au projet QSEC, mais aussi à F93 de créer de nouveaux partenariats » précise la chargée de projet.


Mais précisément, comment fait-elle pour recruter des groupes ?

Alors qu’elle s’apprête à répondre, la sonnerie de son téléphone l’interrompt. Elle décroche, s’entretient quelques instants avec son interlocutrice avec laquelle elle convient d’une date avant de raccrocher. « Voilà un rendez-vous QSEC ! » s’exclame-t-elle avant d’expliquer : «J’ai entendu parler d’une association de femmes du troisième age qui souhaitent vivre leur retraite de manière solidaire et qui pour cela se sont regroupées au sein d’une structure autogérée : la maison des babayagas . J’ai pensé que, de par leur volonté de tester une organisation économique et sociale alternative, l’idée de participer à une réflexion commune sur le thème de l’argent pourrait leur plaire. A tout hasard, je leur ai écrit vendredi dernier pour leur présenter QSEC et c’est leur présidente qui vient de me rappeler : elle est enthousiaste et rendez-vous est pris pour le 4 novembre afin d’en discuter. Tout s’est décidé en trois jours ! ».

Hélas, ça ne se passe pas toujours aussi vite. « Il peut s’écouler un mois entre le premier contact et un rendez-vous. Généralement j’envoie un premier mail, puis je relance au téléphone, une ou deux fois, avant d’obtenir, au bout de quinze jours, un premier rendez-vous au cours duquel il faut souvent que je démontre que le projet à un réel intérêt. Je ne comprends pas toujours les réticences et les hésitations de mes interlocuteurs : QSEC leur offre, gratuitement, un moyen de voir, d’être vu, d’échanger avec d’autres. Nous leur apportons outils et moyens, en leur demandant simplement d’être motivés pour donner leur avis, exprimer leurs idées, se faire entendre. Ils devraient sauter sur l’occasion au lieu de demander à être convaincus » déplore Anna. Mais à force de ténacité, petit à petit les groupes se mettent en place.

« J’ai changé de stratégie, raconte la coordinatrice. J’ai identifié cinq à dix structures et je me concentre sur une ou deux à la fois pour le suivi, au lieu, comme l’année dernière de solliciter des dizaines de groupes sans avoir le temps de les relancer ». Il faut dire que le calendrier est serré. «Nous sommes fin octobre et je n’ai pas encore rencontré les responsables des groupes. Ceux-ci doivent être constitués d’ici décembre afin de pouvoir débuter réellement le parcours en janvier ».

Car pour débuter leur parcours, il faut que les groupes se réunissent, choisissent une problématique et décident du type d’interventions qu’ils souhaitent : visites, rencontres d’experts, chercheurs ou professionnels, conférences, débats… « Sans connaître les souhaits des groupes, je ne peux pas contacter d’intervenants » souligne Anna qui ajoute qu’en raison de l’actualité les spécialistes des questions d’argent risquent d’être assez sollicités… «Mais cette actualité joue aussi en notre faveur, souligne-t-elle. Plus que jamais les citoyens questionnent le système et le rôle des banques. QSEC peut aussi être l’occasion de faire émerger des alternatives, d’examiner d’autres voies et de redonner un peu d’espoir ».

25
oct

Claire et Juana : portraits croisés d’animatrices.





A Montreuil, autour de Nicolas Blémus, les 8 départements franciliens sont représentés au travers d’associations de médiation culturelle ou scientifique qui mettent en scène le projet QSEC. Paris Montagne (75), Terre avenir (77), le Parc aux Etoiles (78), Planète Sciences (91) et ASTS (94) accueillent cette année deux nouvelles venues : l’Exploradôme (92) et les petits débrouillards ile-de-France (95). Ensemble, elles concoctent avec le coordinateur régional la nouvelle saison de QSEC, consacrée cette année à l’argent. L’occasion aussi pour les nouvelles venues de profiter de l’expérience des années passées et de bénéficier de précieux conseils. Portraits croisés d’animatrices.




En juin dernier Claire Garraud n’avait jamais entendu parler de QSEC. Juana Rejany, la chargée de mission d’ASTS a su lui communiquer son enthousiasme et a convaincu Claire d’accepter la proposition que lui faisait l’Exploradôme: suivre le projet QSEC pour le département des Hauts-de-Seine.

-Juana m’a décrit le projet et surtout le travail d’opérateur, comment contacter les gens pour constituer des groupes, quelles difficultés elle avait pu rencontrer lors de la dernière saison, les pièges à éviter, les institutions plus ou moins faciles à aborder… Elle m’a ainsi donné une vue d’ensemble, se souvient Claire.

-Retransmettre mon expérience m’a obligé à formaliser un peu les choses, explique Juana. Désormais quand j’explique aux groupes en quoi consiste le projet QSEC, je le divise en quatre étapes : le choix d’une thématique, la constitution d’un parcours de réflexion, un mode de restitution et la participation au débat régional.

Entre les deux femmes, le courant passe bien, les échanges sont amicaux et joyeux. Claire se dit ravie d’être passée de thésarde à coordinatrice de projet, de sortir de la solitude des recherches pour rencontrer à la fois des experts, des médiateurs scientifiques et des publics variés. Juana abonde dans son sens « c’est la diversité qui fait la richesse ! ».

Et que pensent-elles du thème de cette saison : l’argent ?


Juana déclare avoir nourrit quelques appréhensions, par rapport au public de ses groupes, souvent issu de milieux populaires. « Mais j’ai été agréablement surprise par leur réaction, ils ont trouvé ça très intéressants et font immédiatement le lien avec les budgets familiaux et leur portefeuille ! ». Claire, qui n’a jamais fait d’économie au lycée, voit là une occasion de se remettre au niveau : « Je trouve qu’il y a assez peu de communication scientifique autour de l’économie et que ce thème est souvent traité au fil de l’actualité ou de manière partisane. C’est un vrai défi à relever. »

Quand on les interroge sur le groupe qu’elles rêveraient de constituer, leurs visions s’éloignent. Claire s’amuse à imagine un groupe composé du personnel d’entretien du très officiel Insee, tandis que Juana souhaiterait réunir les fonctionnaires du service financier d’une ville ou d’un conseil général. En tous cas toutes deux souhaitent que la vision soit la plus large possible, économique certes, mais aussi anthropologique, psychologique, sociale, environnementale…

Par leur intermédiaire Hauts-de-Seine et Val-de-Marne nouent un dialogue fructueux. Mais il en va de même avec tous les autres départements : « Arrivés à la troisième saison, note Juana, on se connait mieux entre opérateurs, on va pouvoir partager, échanger d’avantage et mettre nos ressources en commun ».