Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
16
mar

De la philo pour les bacs pro

Les élèves de Terminale bac professionnel (PNS) du lycée Louis Lumière de Chelles sont déterminés. En un mois et six rencontres, ils vont boucler leur programme de réflexion QSEC et faire le tour de la question suivante : «Le crédit, une solution pour vivre mieux ?».

Pour amorcer leur réflexion, ils commencent par rencontrer une professeure de philosophie, Anne-Marie Dugué, qui enseigne à Provins, au Lycée Sainte-Croix. « Qu’est-ce que vivre mieux ? Qu’est ce que la richesse ? » demande-t-elle.
Ces interrogations débouchent immédiatement sur d’autres questions : qu’est-ce que vivre ? A partir de quand vit-on bien ? Que veut dire mieux que bien ?

En préambule à cet atelier, la philosophe demande aux élèves d’essayer de rester ouverts, de ne pas avoir d’avis trop tranché.
Ce n’est pas chose aisée pour son voisin, Issa qui s’empresse de donner son opinion sur ces questions : «On se compare toujours, si j’ai un stylo, que mon voisin en a deux, je vais en vouloir trois. On en veut toujours plus. Pour certains c’est ça le bonheur ». Face à lui, Julien réagit : « Il y aura toujours quelqu’un qui en aura plus que toi. C’est sans fin. On voudra toujours autre chose. Il faut juste avoir suffisamment. Tôt ou tard, argent ou pas, on va tous mourir. Ça ne sert à rien de vouloir toujours plus ».

Le débat est lancé. Les prises de paroles se multiplient, les positions s’affirment, les concepts s’éclaircissent. Vivre ou survivre. Bien ou mieux. Assez ou beaucoup…
« Ici on a tous une bonne vie. On a un toit, à manger, on va à l’école » remarque Larry. Issa revient sur la sécurité qu’apporte l’argent, une sécurité qui se transmet aux enfants. Julien insiste : non seulement l’argent ne fait pas le bonheur mais il peut être source de complications. Kevin aborde la question des inégalités : « C’est injuste qu’un footballeur gagne des milliards alors que mon père qui est électricien gagne 1400 € par mois ». Son indignation est partagée par tous.

Peu à peu, la classe fait émerger des nuances, réalise que la richesse n’est pas que d’argent, que la réussite n’est pas que matérielle. Pour un autre Julien –la classe en compte trois, c’est à soi même qu’il faut se comparer. Jacky estime que la réussite c’est « faire mieux que ses parents », tout en rappelant que l’épanouissement passe la réunion des différents aspects d’une vie, professionnels, familiaux, affectifs, financiers… Anoushka, un peu troublée, évoque la richesse d’amour. Un Julien chantonne « un peu, beaucoup, passionnément… » tandis qu’un autre signale la richesse culturelle ou intellectuelle. Lakhdar insiste sur la spiritualité, qui permet une richesse intérieure…

Au bout de deux heures de débat, les élèves ont progressé dans leur réflexion et partagé la diversité de leurs points de vue. «Chacun de nous pense différemment, d’où la nécessité d’échanger » synthétise Khalida. Et ils se seront tous initiés à la philosophie : «Ne jamais donner de réponse, que des questions ! » comme le résume Jacky.
Des réflexions qui conduisent Anne-Marie Dugué à louer la fraicheur, la qualité d’écoute et l’ouverture d’esprit du groupe. « J’adorerai vous avoir comme élèves » indique-t-elle, avant de conclure : « vous êtes tous des philosophes. N’en doutez pas ! ».

UNE CLASSE MOTIVÉE

Rachel Ricci enseigne la vente aux élèves de Terminale Bac Professionnel Prospection, Négociation, Suivi de clientèle, du lycée Louis Lumière à Chelles. Elle est à l’origine de leur participation à QSEC.
« J’ai été contactée par la médiatrice culturelle régionale qui m’a présenté le dispositif QSEC. La thématique de l’argent tombait vraiment à pic pour ces futurs vendeurs pour lesquels le crédit, les garanties, le financement sont au programme et qui seront amenés à s’intéresser à ces questions durant toute leur vie professionnelle. Comme ils vont passer le bac cette année, nous avons opté pour un programme très concentré : six séances en moins d’un mois, qui va leur permettre d’aller assez loin dans leur réflexion autour du crédit.
Cette première séance s’est très bien déroulée. Il faut dire que la classe est très soudée, très homogène. Je les suis depuis trois ans, cinq ans pour certains et je dois dire qu’ils ont un très bon état d’esprit. Ils sont passionnés et font preuve d’un grand respect mutuel. Il n’ont pas de philosophie dans leur cursus, du coup cette initiation venait un peu combler un manque. Les échanges étaient spontanés, sincères et de qualité. Finalement, la richesse, c’est eux !
» .