Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
25
jan

Confidences au centre social

Saison après saison le groupe QSEC du centre social de Montereau ne cesse de s’étoffer. Près d’une vingtaine de participants (essentiellement des femmes), parmi lesquels quelques pensionnaires du foyer Bellefeuille, accueillent Éva Bonda, psychologue clinicienne et docteur en neurosciences, venue leur parler du fonctionnement de la mémoire.

Après avoir brièvement évoqué son parcours professionnel : 15 années de travaux sur la mémoire à Montréal, en Californie, au Missouri, à Londres et à Paris, la spécialiste rentre dans le vif du sujet. Son propos est largement illustré par de superbes images de synthèses, représentations multicolores des différentes aires du cerveau stimulées par l’exécution de tâches spécifiques. On découvre l’hippocampe, siège de la mémoire et l’amygdale, responsable des émotions. Les cartes, les schémas, les modélisations en 3D défilent. Souvent complexes, ils sont servis par un propos adapté aux plus profanes. Eva invoque les réseaux routiers, les axes ferroviaires pour décrire le système neuronal et les connexions synaptiques et invite son auditoire à l’interrompre à loisir. Celui-ci ne se fait pas prier.

Les premières questions portent sur le développement cérébral, l’ancienneté des souvenirs, la capacité de stockage de notre mémoire ou encore sur la matière même dont est constitué notre cerveau. Rapidement un dialogue nourri s’installe entre la salle et la psychologue. Au cœur de cet échange : la maladie d’Alzheimer et les troubles de la mémoire. Les questions sont souvent intimes et douloureuses.

Francine évoque sa mère, atteinte de cette maladie, puis sa fille de sept ans atteinte de trisomie 21 et se demande s’il y a un lien. Valérie décrit sa vie avec un compagnon qui souffre d’une atteinte du lobe frontal l’empêchant d’accomplir les gestes simples du quotidien. Malika parle de son frère épileptique dont les crises s’accompagnent d’amnésie. Fatima demande comment venir en aide à son fils de 17 ans en échec scolaire. Fatna raconte comment elle peine à récupérer de cinq jours de coma dus à une opération du cœur survenue il y a presque vingt ans. Messaouda, pour qui ces maladies semblaient moins présentes autrefois, relate la situation de sa nièce, en Algérie, dont les retards mentaux ne sont pas pris en charge. Dominique, le photographe qui documente le parcours du groupe, mentionne le cas de sa jeune apprentie, dyslexique et incapable de mémoriser un protocole ou une consigne. Afida demande comment prévenir les pertes de mémoire…

La psychologue répond à tous au mieux de ses capacités, rassurant ici, conseillant là, rebondissant sur les questions pour mieux décrire l’importance de la mémoire dans le fonctionnement du cerveau et le caractère génétique de certaines pathologies. La séance atteint son apex lorsqu’elle propose des tests psychologiques. Les pensionnaires du foyer Bellefeuille se portent immédiatement volontaires.

Odette se tire remarquablement bien d’un exercice de dépistage de la maladie d’Alzheimer dans lequel il faut mémoriser un parcours sur des cubes. Madeleine, qui va sur ses 88 ans, insiste pour faire toute une batterie d’examens : « mes enfants me répètent sans cesse que je perds la tête et je ne me souviens pas toujours où je range mes affaires« . Eva Bonda sort alors un questionnaire et teste l’octogénaire. « Quel jour sommes nous?« , « Qui est le président de la République actuel ? » « Quel est le nom de jeune fille de votre mère ?« … Les questions se succèdent, assorties d’exercices : mémoriser et répéter une séquence de mots, réciter des listes à l’envers, effectuer des opérations mathématiques simples… Score final : 13/14. Le verdict de la psychologue est sans appel : « C’est une performance largement supérieure à la moyenne« . Madeleine est enfin rassurée.

Alors que la séance est close, les participantes se pressent autour de la clinicienne pour recueillir un dernier conseil, échanger des adresses mail ou simplement la remercier.
Mon hippocampe gardera longtemps en mémoire cette séance émouvante.