Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
21
jan

Un échange fructueux autour de la mémoire


Le groupe QSEC du collège Chantemerle de Corbeil-Essonnes se réunit hors du temps scolaire, le mercredi après-midi, dans le centre de documentation et d’information (CDI) de l’établissement. Il ne réunit que des volontaires, élèves et professeurs. Pour sa première séance, le groupe est plutôt restreint : quatre élèves de cinquième (Ana, Lola, Laetitia et une autre Ana) et trois enseignants (Xavier, Magalie et Céline). Le proviseur m’assure cependant que les effectifs vont rapidement s’étoffer. Mais à voir la qualité du débat engagé lors de cette première séance, je ne suis pas inquiet.

Cécile Priou, qui anime la séance pour Planète Sciences, demande aux participants de lui indiquer ce qu’évoque pour eux la thématique de la mémoire. Lola, 13 ans, ouvre le débat. Elle commence par énumérer trois principaux thèmes : l’Histoire, les ordinateurs et les maladies neurologiques. Puis elle mentionne un roman, Le Passeur, qui décrit une communauté dans laquelle un seul individu se souvient du passé. Pour Ana, la mémoire c’est retenir et penser, et cela renvoie autant au cerveau humain qu’aux disques durs des ordinateurs. Une analyse que partage largement Laetitia. Enfin la deuxième Ana mentionne les images comme support du souvenir. Leur tour venu les trois enseignants ont devant eux un terrain largement défriché. Pour Céline, professeur de lettres, la mémoire a des buts (ne pas oublier, témoigner, se remémorer), des moyens (les journaux, les tableaux, les musées, les monuments) et renvoie à des questionnements : « ce que je suis, d’où je viens, le temps qui passe… ».
Magalie, documentaliste, commence par distinguer mémoire à court terme et mémoire à long terme, et s’interroge sur la fiabilité de la mémoire, son stockage, sa préservation, sa transmission et évoque à son tour les nouvelles technologies comme les maladies du cerveau de type Alzheimer. Enfin Xavier, professeur de technologie, synthétise sa pensée en cinq mots : échange, stockage, transmission, apprentissage, restitution.

Cécile note toutes ces contributions sur de grandes feuilles qu’elle affiche ensuite sur les fenêtres de la salle. L’échange s’engage. Autour de la question de la hierarchisation de la mémoire, de l’importance qu’on va accorder aux données à conserver, Xavier interpelle les jeunes élèves : « quand j’étais en sixième je connaissais par cœur au moins vingt numéro de téléphone. Combien en connaissez-vous ? ». « Un seul » répliquent-t-elles en cœur, celui de leur portable dont la mémoire numérique en contient des centaines. Céline, en défenseuse des humanités, se défie des nouvelles technologies. Xavier prend des notes sur sa tablette. Lola abonde dans le sens de l’enseignante : « Sur Wikipédia on peut mettre ce qu’on veut alors que dans les livres, c’est vérifié ». Ana rappelle que les histoires, les contes sont des outils ancestraux de transmission de la mémoire.

Le temps vient d’articuler une problématique, un thème de réflexion sur lequel le groupe travaillera toute l’année. Les adultes suggèrent un énoncé : « Comment pouvons-nous nous fier aux informations au travers des nouvelles technologies pour apprendre et transmettre aux générations futures ? ». Les générations futures en question n’ont pas l’air convaincues. « Nous aussi on peut vous apprendre des choses » remarque Ana, douze ans. Et elle évoque le cas d’une enseignante de sixième qu’elle a initié, l’année dernière, au maniement des ordinateurs… On supprime donc la mention aux générations futures. Puis celle aux nouvelles technologies, trop réductrice. Le thème retenu est finalement : « Comment pouvons-nous nous fier aux informations mémorielles pour apprendre et transmettre ? ».
Comme il reste un peu de temps Cécile propose aux participants de chercher, sur les ordinateurs du CDI, l’intervenant qu’ils pourraient rencontrer pour évoquer le fonctionnement du cerveau.

Les élèves foncent sur Google, ouvrent de multiples onglets, parcourent à toute allure des dizaines de pages, multiplient les sites. Des plus sérieux : Cnrs, inserm, aviesan, ile-de-France, aux plus inattendus : gurumed, ou épistémocritique.

La recherche de leurs ainés est plus laborieuse, ceux-ci préférant naviguer en terrain connu. Sur sa tablette connectée en wifi, Xavier aboutit sur le site de l’Onisep. De leur côté, Magalie et Céline optent pour des recherches locales : banque des savoirs, site du conseil général de l’Essonne puis finissent par échouer sur les pages un peu austères de l’INRIA et du CEA.
Finalement les juniors vont au plus simple et trouvent des interlocuteurs sur QSEC et son blog en examinant les activités des autres groupes.

La séance du jour n’aura pas simplement permis de se fixer un programme et un calendrier de travail. Elle aura aussi démontré que le savoir est partout, autant chez les professeurs que chez les élèves, et que tous gagnent à abolir, le temps d’une séance, les hiérarchies et les distances.