Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
25
avr
From Richmond to Brie-Comte-Robert

Vincent Glenn est rentré hier du festival du film français de Richmond, Virginie, USA. Je le retrouve à la gare RER de Vincennes pour me rendre avec lui au lycée agricole Bougainville de Brie-Comte-Robert où il va présenter son film Indices à une soixantaine d’élèves, dont près de la moitié constitue un groupe QSEC.

Contacté il y a plusieurs semaines déjà par Marie-Christine Garnot de Terre Avenir pour venir présenter son documentaire, il n’a plus en tête l’ensemble des tenants et aboutissants de l’opération. « En somme, il s’agit d’éducation populaire, d’apporter les éléments pour nourrir une expertise citoyenne ? » résume le cinéaste après que nous en ayons reparlé. Vincent y voit aussitôt des parallèles avec sa propre démarche d’ « activiste du droit de comprendre ».

Édith Trocquet, la proviseure adjoint du lycée, est venue nous chercher à la gare de Boissy-Saint-Léger. Dans sa Kangoo municipale, elle nous présente ce qui nous attend. Le parcours QSEC est ramassé sur une seule semaine, celle du développement durable. Ses 28 membres réfléchissent à la question suivante : « peut-on échanger sans argent ? ».
Lundi ils ont accueilli Stéphane Breton, anthropologue venu leur présenter des sociétés qui relèvent ce défi. Mardi, ils ont philosophé avec Anne-Marie Dugué qui enseigne cette discipline. Jeudi ils recevront un sociologue et vendredi des associations de commerce équitable et d’échanges de savoirs. Mais aujourd’hui, mercredi 4 avril, c’est avec qu’ils vont débattre, et le cinéaste s’inquiète un peu quand il apprend que l’attendent en tout plus de soixante élèves, issus de classes de seconde générale et professionnelle, de BTS, de première technologique qui sont tous en train de visionner le film dans le grand amphi. «La différence de niveau risque de rendre le débat difficile, certains vont s’ennuyer, d’autres seront largués, il est difficile de s’adresser en même temps à des secondes et à des terminales » appréhende le réalisateur.

Accueilli dans l’amphi par une salve d’applaudissement à la fin de la projection, il donne immédiatement la parole à la salle et les questions fusent.
-Combien de temps à duré le tournage ?
-Le film s’est-il bien vendu ?
-Quel est votre métier exactement ?
-Est-ce votre premier film ?
-Qu’est ce qui vous a conduit à traiter ce sujet ?

Elles concernent aussi bien le film que son contenu.
-Les indicateurs sociaux et de bien être sont-ils utopiques ?
-Est-il selon vous possible de sortir de la mondialisation ?
-Avez-vous interpellé les candidats à la présidentielles sur ces questions ?
-Que peut-on faire pour changer les choses ?
-Pourquoi n’avoir pas traité des indicateurs des Agendas 21 ?
-Pouvez-vous préciser la notion de Produit Intérieur Doux évoquée dans le documentaire ?

Vincent répond à chaque question avec soin, multipliant les exemples concrets et livrant quelques anecdotes. Ainsi c’est en apprenant que les accidents de la route avaient un impact positif sur la croissance qu’il a eu l’idée de son sujet. C’est en réfléchissant aux sens du mot « indice » qu’il a construit son film autour d’énigmes, comme une enquête policière. C’est parce qu’elle permet de redéfinir nos priorités qu’il juge utile la réflexion sur les indicateurs de richesse. Il rappelle au passage les multiples formes que peut prendre cette dernière. Enfin, il rappelle cet aphorisme « quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clou », et souhaite que son film permette de prendre un peu de perspective sur une vision qui ne serait qu’économique.
Le débat est nourri. Les élèves n’hésitent pas à relancer le conférencier, à se répondre les uns aux autres, notamment sur les questions d’engagement citoyen. La séance se clôt sous les applaudissements.

Pendant le trajet du retour, le cinéaste m’avoue avoir été surpris et impressionné par la vivacité et l’intelligence des élèves du lycée agricole. « Voilà qui est plutôt de bon augure pour l’agriculture de demain » se réjouit-il, lui qui compare son travail de diffusion de la connaissance à la production biologique, privilégiant la durée et la qualité. En un an, il a ainsi accompagné près d’une centaine de projections devant toutes sortes de publics. « Il y a d’autres indicateurs que le box office pour mesurer le succès d’un film » fait remarquer l’auteur d’Indices. Et si son film affiche plus de 10 000 entrées en salle (le double en séances non commerciales), sa plus grande réussite est sans doute de stimuler la réflexion. Comme l’a proposé une des élèves du lycée Bougainville : «Finalement, et si on reprenait le pouvoir sur l’économie ? »

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