Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
18
fév
A la pêche aux participants

Mercredi, c’est jour de marché aux Champioux, à Argenteuil. L’occasion rêvée pour l’équipe de la maison de quartier du Val-Notre-Dame, épaulée par des animatrices de l’antenne locale des Petits Débrouillards, de recruter des participants pour le programme QSEC.
A cette fin, tous ont mis un chapeau melon et revêtu une pancarte pour interpeller le chaland. On peut y lire l’interrogation suivante : « Faut-il avoir une mémoire de poisson rouge pour être heureux ? »

Dans les allées du marché, les regards suivent, intrigués, les jeunes femmes et Abdel, le seul garçon du groupe. Animateur et animatrices vont à la rencontre des curieux, devancent parfois les questions. « Qu’est-ce que ça vous évoque ? », « Qu’en pensez-vous ? ».
Les réactions, souvent amusées, sont parfois surprenantes. « Moi je mange les têtes des poissons pour avoir de la mémoire » énonce un passant. Une habitante du quartier se récrie au contraire « Mes poissons rouges se souviennent de tout et ils sont très heureux ! ».

La plupart ont tout de même une lecture moins littérale. «Il faut vivre avec ses souvenirs, mêmes s’ils sont douloureux, c’est ce qui forge le caractère, ce qui fonde l’expérience» analyse un trentenaire en jean. «Il ne faut pas tout garder, que le bon, que les souvenirs de jeunesse» conseille un octogénaire. Revêtu de son gilet jaune aux couleurs de la CGT-Retraites, un militant interrompt sa distribution de tracts pour se joindre à la discussion : «C’est important la mémoire, d’ailleurs nous transmettons l’histoire du syndicat aux nouveaux adhérents». Puis il évoque son père de 92 ans, qui se souvient de tout.

Les échanges prennent souvent un tour personnel : «Allez la vieille, il y a pire que toi. Je me dis ça chaque matin en me levant. Sinon comment voulez-vous que je m’en sorte avec tous les médicaments que je prends, pour le cerveau, pour la dépression»… «30 ans en arrière on était plus heureux », «quand on est vieux on se souvient de sa jeunesse par cœur mais pas de ce qu’on a mangé à midi », «il faut avoir des souvenirs pour se rappeler des belles choses»…

La parole se libère, des échanges prennent place. A un homme d’une soixantaine d’années qui déclare que pour être heureux il faut savoir oublier, une jeune femme, la vingtaine, réplique : « si on oublie le malheur, comment se souvenir du bonheur ? ». Chaque échange permet aux animatrices de convier les passants à une réunion, le samedi suivant à la maison de quartier et de présenter le dispositif QSEC. Quelques unes des phrases exprimées sont affichées dans le marché.

Les commerçants, d’abord méfiants, se prennent aussi au jeu. « Ça fait plaisir de voir des actions comme ça dans un quartier défavorisé » confie le fleuriste.
Le plaisir est partagé. En regagnant la maison de quartier, après deux heures dans les allées du marché, l’animateur comme les animatrices sont enthousiastes. « Génial ». « J’adore ». « A refaire ».
Reste à savoir si la parole libérée ce jour continuera d’éclore au sein d’un groupe. Verdict samedi 09 février…

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