Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
15
mai
Conseil des anciens et sociologie de la mémoire


Des youyous de joie saluent mon entrée à la mairie du XIXème arrondissement. Un mariage y est célébré. Je ne me rends pas à la noce mais à une réunion du conseil des anciens, dont les membres accueillent la sociologue Marie-Claire Lavabre pour parler de la relation entre mémoire individuelle et collective.

Dans la salle du conseil, sous un portrait de François Hollande, les séniors n’hésitent pas à interrompre la conférencière pour lui demander des précisions. Ahmed la presse de définir la mémoire collective. La sociologue retrace l’histoire du concept, datant son apparition à 1978, sous la plume de l’historien Pierre Nora dans un article rendant hommage aux travaux du sociologue Maurice Halbwachs. Suzy évoque les travaux de Jung et de Freud. Fanny demande des précisions sur l’articulation entre mémoire collective et école obligatoire. La sociologue répond aux questions posées, précise les concepts, les champs, la mémoire de la psychanalyse se distinguant de celle des sociologues ou des historiens. Une part importante de son exposé consiste précisément à distinguer la mémoire et l’Histoire. Leurs finalités ne sont pas les mêmes : la première construit une identité, la seconde bâtit une connaissance.

Le caractère fictionnel d’une mémoire nationale n’échappe pas aux auditeurs. Ahmed évoque la figure de Charlemagne tandis que Suzy rappelle qu’aujourd’hui Jeanne d’Arc est récupérée par le Front National après avoir été, pendant la guerre un emblème communiste. On revient, par le biais du travail de mémoire, à la psychanalyse, et on évoque, à travers « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci« , de Freud, la notion de faux souvenir, qui fait vivement réagir Ahmed. Bruno explique « les historiens travaillent sur des faits avérés alors que la mémoire est un phénomène dynamique et subjectif ». Suzy renchérit, en évoquant l’occupation : « on a tendance à oublier ce qui n’est pas glorieux ».


La conversation restera sur cette période. Fanny raconte l’incrédulité d’une jeune femme assise à côté d’elle pendant une projection de « Nuit et Brouillard ». Joyce, qui se présente comme déléguée à la mémoire (elle est membre actif d’associations de rescapés des convois 6 et 73) raconte les réactions des élèves qu’elle accompagne à Auschwitz. On évoque la figure des justes, la disparition des derniers témoins de l’époque, et les souvenirs se font plus personnels. Fanny et Suzy racontent brièvement les bombardements alliés à la Libération. «C’est un sujet dont on ne parle jamais, raconte cette dernière. Je me souviens de tout ça, je l’ai vécu. Pourquoi ce silence assourdissant ? »
Alors que la séance se clôt par une collation, les conversations se poursuivent, les souvenirs partagés renforçant la cohésion du groupe. Finalement comme le dit Marie-Claire Lavabre, citant Maurice Halbwachs, c’est à l’échelle intermédiaire des groupes, entre l’individu et la nation, que se développe la mémoire collective.

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