Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
02
mai
La mémoire à la maison de retraite

Ce 2 mai, les pensionnaires de la résidence de la Butte aux Pinsons, à Bagnolet, reçoivent la visite d’Henri Ostrowiecki. Auteur d’une autobiographie, « la demi-douce », ce rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv’ est venu partager avec eux son histoire et ses réflexions.

Peut-être est-ce le soleil printanier ou le feu qui brûle dans la cheminée malgré la température clémente, mais les résidents de la maison de retraite sont un peu dissipés. Alors que l’auteur résume à grands traits son histoire, Claudette ronchonne « on connaît tout ça »…
Effectivement, né en 1937 Henri Ostrowiecki est peut-être un des benjamins de la salle constituée en large partie d’habitants d’Ile-de-France qui tous ont vécu, de près ou de loin, l’occupation allemande. Rose évoque du bout des lèvres sa sœur et son mari, fusillés par les nazis. Pour Noëlie la tragédie du Vel’d’hiv’ « ça parle à tout le monde, du moins dans notre génération ».

La discussion porte aussi sur ce qui a poussé l’auteur a écrire. Nicole lui demande s’il prenait des notes. « Pas du tout. J’avais l’impression de tourner des pages de ma mémoire, un souvenir en appelant un autre » lui répond Henri Ostrowiecki. A ses côtés, un autre Henri, de trois ans son doyen, évoque ses propres souvenirs, la période où il vendait des livres chez Gibert…
Les échanges sont très décousus, parfois surréalistes. Jennifer essaie de recadrer le débat. Difficilement.
Yvonne, poussée par Claudette, parle traite des vaches et boites de camembert. Jean-Pierre raconte ses vacances à la ferme. Odette souligne l’importance de la transmission de la mémoire. L’écrivain acquiesce : «Avec ce livre j’ai fait une sépulture à mes parents ». Nicole se fait enjôleuse : « A vous regarder, on voit aujourd’hui que vous êtes parvenu à une profonde sérénité ». Flatté, l’auteur admet « Jamais je n’ai été si heureux qu’à présent. L’écriture y est pour beaucoup ».

Claudette ne l’entend pas de cette oreille : « J’ai essayé de lire votre livre. Je me suis arrêtée au bout de 25 pages. Ça ne m’intéressait pas. C’est très bien, mais ce n’est pas pour moi » affirme-t-elle, revêche.
Pourtant, de bribe en bribe, elle décrit à son tour son parcours, par bien des points semblable à celui de l’invité : elle n’a pas fait d’études et s’est retrouvée à l’usine en 1951. « J’ai fait de tout, j’ai travaillé dans le papier, les carnets, la couture, les slips, les maillots de corps, les boutons, les poupées… mais mon expérience n’intéresse personne » assène-t-elle. Plus tard elle avouera surtout n’avoir personne avec qui la partager: « je ne me suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants, pas de petits enfants, ni frère ni sœur, pas de famille. Mais je me débrouille quand même pour transmettre » conclut-elle abruptement. L’heure de goûter est venue.
Autour de gâteaux secs et de jus d’orange, les pensionnaires de la Butte aux pinsons continuent de partager leurs histoires, leurs souvenirs.

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