Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
08
mar
Mémoire familiale en Seine-et-Marne


Plusieurs groupes de Seine-et-Marne se sont réunis aujourd’hui. Parmi eux, des membres du Clic Rivage, du réseau d’échange réciproque de savoirs de Meaux, de l’université inter-âge de Melun ou encore de l’écomusée de Savigny le temple. Tous sont venus écouter Anne Muxel, sociologue et directrice de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po. La thématique du jour est « la mémoire familiale », à laquelle la chercheuse a consacré un ouvrage.

Pour définir cette mémoire, la sociologue recourt volontiers à une formule paradoxale : « la mémoire est le présent du passé ». Avec aisance et clarté elle décrit cette matière complexe au moyen de cercles concentriques qui vont de la mémoire sensorielle à la mémoire collective, du plus intime au plus commun, du plus enfoui au plus exprimé. Enfin elle précise les fonctions de cette mémoire : transmission, réviviscence et réflexivité. Elle laisse ensuite la parole à la salle.

Un échange vif mais un peu décousu prend place.
«Du passé faisons table rase… Depuis le début de votre exposé cette phrase me trotte dans la tête commente Françoise. Ça vient d’où ?». « De l’Internationale ! » répondent en chœur ses voisines.
Martine, qui revient d’un voyage au Vietnam, relève que souvenir et parole sont difficiles pour ceux qui ont vécu des moments douloureux, tels la guerre. Elle évoque les rescapés de la Shoah, les thèses de Boris Cyrulnik sur la résilience.
Pour Daniel il est plus facile de transmettre à ses petits-enfants les bons moments, les éléments positifs que les difficultés ou les doutes et il s’interroge sur cette sélectivité. Michelle et Gérard lui répondent : « Il faut que l’auditeur soit demandeur »…

Pour remettre un peu d’ordre, Sophie Ferté qui anime la séance, propose un tour de table, afin que chacun puisse formuler une question, une remarque.
Beaucoup d’interventions tournent à la confidence.
Jean illustre la différence de souvenirs au sein d’une même famille avec une anecdote personnelle. «Pendant l’exode j’avais six mois. Des avions ont survolé la route et tout le monde s’est éparpillé. Ma mère m’a déposé au fond d’un fossé et s’est allongée sur moi. Il y a peu, mon frère de dix ans mon aîné m’a confié : « j’ai alors remercié maman d’avoir protégé mon petit frère ». Mais ma sœur, qui a huit ans de plus que moi m’a dit qu’elle en avait voulu à maman d’avoir écrasé le bébé ».
Le ton est donné et la séance tourne à l’intime. Gérard déplore avoir été séparé de ses parents entre onze et vingt ans, pour ses études. «Encore aujourd’hui je n’arrive pas à surmonter ce manque qui me chagrine » confie le retraité.
Josée évoque un nouvel an familial qui a permis à ses parents, très âgés, de révéler à leurs enfants des facettes jusqu’alors inconnues de leur histoire.
Emile confie son rêve de retracer dans un livre la vie de sa famille et celle de son épouse, cadette de treize enfants.
Geneviève évoque aussi sa fratrie, 8 frères et sœurs tandis que Martine déplore d’avoir été enfant unique : « j’ai moins de passé familial ».

Françoise parle de ses petits-enfants américains et de son besoin, renforcé par la distance, de leur transmettre lectures et recettes.
Michelle, généalogiste à ses heures, mentionne une de ses sœurs : « Elle raconte comme lui étant survenues des choses qui me sont arrivées à moi ! ».
Danielle raconte comment, en travaillant sur les récits de vie et la mémoire, elle a publié un ouvrage constitué par le récit collectif de quatre-vingt habitants de Meaux.
Hue-Tam relate sa propre expérience : d’origine vietnamienne elle dit n’avoir rien transmis à ses propres enfants, « mais j’ai appris que mon fils aîné a demandé à sa fille de suivre des cours de vietnamien ».
Enfin Odile, dans des termes poétiques et précis, décrit « pendant le sommeil, l’éclatement d’une bulle de mémoire dans le magma intérieur » et, à la lumière d’un souvenir remémoré, s’interroge: « oublie-t-on vraiment ou ne fait-on que refouler ? Ce trésor intérieur qui affleure à la conscience, comment peut-on jardiner dedans, le travailler ? ».
C’est en citant Brel que lui répond Gérard « On n’oublie rien de rien, on s’habitue c’est tout ».
Des applaudissements nourris clôturent la séance.

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