Le blog
Saison 2012-13 : La mémoire
18
avr
Rencontres internationales au centre social

Cécile Priou, qui suit le groupe pour Planète Sciences m’avait prévenu : «tu risques d’être surpris, c’est un groupe particulier… ». En arrivant au centre social de Brunoy, je suis d’abord frappé par la diversité des visages. Le groupe est constitué d’une vingtaine de personnes, principalement des femmes, qui fréquentent le centre. Parmi elles, des étrangers qui y suivent des cours de français, et qui, maitrisant à peine notre langue suivent assidûment les débats sur la mémoire. Aujourd’hui le groupe accueille aussi quelques nouveaux visages : ceux d’Onilda et Romao arrivés il y a huit jours seulement du Cap vert ou encore celui d’Abdelmoumin fraichement débarqué du Maroc.

Ce groupe multiculturel aborde ses dernières séances. Ils ont déjà trouvé une formulation synthétisant leur parcours : « La transmission de nos cultures, de nos origines participe à la création d’une nouvelle mémoire de là où nous vivons ».
La réunion du jour démarre difficilement : il faut dire qu’Alexandra, qui anime le centre social, distribue allègrement gâteaux secs, œufs en chocolat et boissons chaudes. Contents de se retrouver, tous échangent des plaisanteries. Cécile leur demande d’essayer de formuler ce que ces séances leur ont apporté.

Henriette évoque immédiatement un enrichissement personnel : «J’ai beau avoir voyagé et bénéficier d’une triple culture, en 35 ans de vie à Brunoy je n’ai jamais eu d’échanges aussi profonds avec tant de cultures différentes ». Même sentiment pour Atidel : « Ici, les barrières sont tombées, on se lâche ». Luc confie avoir le sentiment que tous s’apprécient. Marie-Anne note la grande attention portée à chacun, la qualité de l’écoute quelles que soient les difficultés d’expression.

En effet, la bienveillance générale est palpable, dans cette salle où tous les visages diffèrent. Atidel, blonde et tunisienne, est venue avec son fils de deux ans et demi. A côté d’elle Marie-Anne, élue du conseil municipal et participante de la première heure. Mme Moua, laotienne est assise entre Romao et Abdelmoumin. Vy et Somaly, deux jeunes femmes cambodgiennes, remplissent de notes leurs cahiers. Sherifa, Saïda, algériennes, sont assises à côté de Marie la bretonne et de Luc le marseillais. Christiane est parisienne tandis qu’Henriette est emblématique de cette assemblée hétérogène, avec un père strasbourgeois et sénégalais et une mère vietnamienne. « C’est l’ONU à elle seule » plaisante Luc, dont les saillies ponctuent toute la rencontre.

Le groupe est une vivante illustration de son propos : sous mes yeux l’échange interculturel construit une identité commune. Certes les échanges sont décousus, très informels, mais d’une densité peu courante.
On compare les traditions et les robes de mariés. Marie-Anne raconte comment, en 1972, pour faire plaisir à sa belle-mère marocaine, elle, qui rêvait de robe blanche, s’est mariée en caftan multicolore. Vy décrit les 7 robes et les parures de bijoux des mariages khmers. Mme Moua décrit les jupes Laotiennes noires, bleues et rouges. On évoque l’exil, le déplacement. Henriette dit qu’elle n’est finalement ni asiatique ni noire ni blanche, et qu’en Afrique on l’appelle Sénégauloise. Sherifa raconte que quand elle retourne en Algérie, elle entend « Voilà les immigrés ». Marie vit la même chose dans sa Bretagne natale où elle est traitée de doryphore.
Ces confidences se font dans la joie, la bonne humeur. L’ambiance est légère même si les propos sont profonds.

Le groupe réfléchit à une restitution de ces séances. Finalement, rebondissant sur une remarque de Marie-Anne qui a comparé celui-ci à une éponge en raison de sa plasticité, de sa souplesse et de sa capacité à accueillir de nouveaux éléments, l’idée d’une sculpture dans ce matériau émerge. Un globe, constitué d’éponges peintes, de photos, de timbres, de pièces ou de billets, de tous les éléments emblématiques des cultures de chacun, sera réalisé. L’œuvre de chacun fera une œuvre commune. Comme les échanges de tous ont permis la constitution d’une mémoire commune. E pluribus Unum

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